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Critiques / Théâtre

Le Repas de Valère Novarina

par Gilles Costaz

Changement de ton

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Plus singulier que Valère Novarina dans le théâtre d’aujourd’hui, il n’y a pas ! C’est tellement unique et malaisé à incarner que, le plus souvent, l’auteur se charge lui-même de la mise en scène. Seule, Claude Buchvald avait apporté un nouveau regard en intensifiant le caractère musical et la drôlerie de ces œuvres. Voilà que Thomas Quillardet et les deux compagnies Mugiscué et Jakart font autre chose et réussissent à donner un Repas où le ton change et où le texte respire pareillement et différemment. Le Repas est un banquet où défilent les habituels errants de l’auteur ; ils ont toujours des noms différents mais se suivent et se répondent d’une pièce à l’autre. Ici, ce sont la Personne creuse, le Mangeur d’ombres et quelques-autres… Chacun interroge les mystères de l’univers et récite des listes incroyables de noms imaginaires.
Les acteurs bougent autour d’une table puis dans toutes les directions du plateau. Ils sont vêtus des habits de tout le monde ou basculent dans la clownerie, tel celui qu’on a affublé d’un large costume rouge qui le fait ressembler à un cosmonaute ou à Bibendum. Les premiers instants sont ceux d’un cabaret joyeux et provocateur, où la scène s’encombre de balles et de divers objets. C’est un premier style, dans la tradition du cabaret. Ensuite, les interventions semblent plus individualisées, plus liées à des personnalités, donc moins farceuses. Enfin, quelques interprètes modifient leur timbre et – surprise, grande surprise ! – la soirée devient poignante, serre la gorge. Le défi philosophique se colore de tristesse : la difficulté d’être sur terre ne s’exprime plus seulement par un jeu de l’esprit, fût-il éblouissant, mais aussi à travers une blessure profonde, dans la simplicité d’une douleur quotidienne. Novarina a de la chance : il voit son œuvre passer du cirque métaphysique au théâtre intime. Thomas Quillardet et ses acteurs cassent l’armure des mots et en débusquent l’émotion cachée.

Le Repas de Valère Novarina, mise en scène de Thomas Quillardet, musique de Sacha Gattino, scénographie de Kim Lan Nguyen Thi, avec Olivier Achard, La Personne creuse ; Aurélien Chaussade, Le Mangeur d’ombres ; Maloue Fourdrinier, La Bouche Hélas/ L’Homme mordant ça ; Christophe Garcia et Aliénor Marcadé-Séchan (en alternance), Jean qui dévore corps ; Caroline Darchen, La Mangeuse ouranique ; Claire Lapeyre Mazerat, L’Enfant d’outre bec/ L’Avaleur jamais plus et Sacha Gattino (musicien).

Maison de la Poésie, Passage Molière, 157, rue Saint Martin, Paris 3e
Du 19 janvier au 6 février 2011
Renseignements : 01 44 54 53 00 ou www.maisondelapoesieparis.com

Crédits photos : © B. Logeais

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