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Critiques / Théâtre

Le Prince travesti de Marivaux

par Gilles Costaz

Les calculs de la séduction

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Yves Beaunesne n’est pas toujours partisan du décalage temporel quand il monte un classique. Le directeur du Centre dramatique de Poitou-Charente avait respecté le siècle de Louis XIV lorsqu’il avait (splendidement) mis en scène Le Cid, mais, face au Prince travesti de Marivaux, il s’amuse à le transposer dans un XXe siècle peu coloré, lorgnant vers le noir et blanc du cinéma, où les rôles sociaux perdent une partie de leurs signes évidents et où la sensualité comme la cupidité ôtent vite leurs masques. La pièce est l’une des plus biseautées de son auteur : chacun, les princes, la princesse, la valetaille, triche sur son identité, passe par des paravents et des intermédiaires. Il y aura même un billet compromettant qui, tombant dans les mains d’Arlequin, déclenchera des dénouements imprévus.
Tout se déroule dans un grand espace dépouillé, dominé par un lustre aux mille ampoules et surplombé par un escalier en diagonale, où les personnages vont du lointain aux premiers plans. Le salon, quasi nu, ne comporte que deux canapés noirs alignés et, sur le côté gauche, une petite enclave pour la musique où les interprètes peuvent chanter et jouer du piano. Peu de taches de couleur. Les costumes sont noirs blancs et gris. Mais tout est faussement gris souris. Les sentiments et les calculs explosent vite, les cœurs saignent. Les acteurs, parfois, font des bonds. L’interprétation de Nicolas Avinée et Pierre Ostova-Magnin sinue dans la joie de la complexité, tandis que Marine Sylf et Elsa Guedj déploient un jeu nourri d’élégance. Thomas Condemine compose avec force un Arlequin inattendu et âpre. En servante, Johanna Bonnet a un sacré nerf. Et Jean-Claude Drouot est splendide en diplomate cynique des pieds à la tête. L’ensemble est une belle fresque acide, transposée en Italie (alors que Marivaux la situe en Espagne). Pourquoi l’Italie ? Sans doute parce que Beaunesne a demandé des chansons en langue italienne à Camille Rocailleux. Elles sont très belles. Sans doute ces intermèdes allongent-ils l’action, déjà très riche, mais ils font partie de cette fête où tout est séduction et ambiguïté.

Le Prince travesti de Marivaux
mise en scène Yves Beaunesne
dramaturgie Marion Bernède
assistanat à la mise en scène Marie Clavaguera-Pratx et Pauline Buffet
scénographie Damien Caille-Perret
lumières Joël Hourbeigt
composition musicale Camille Rocailleux
costumes Jean-Daniel Vuillermoz
maquillages et coiffures Kuno Schlegelmilch
avec Nicolas Avinée le Prince de Léon sous le nom de Lélio, Johanna Bonnet Lisette, maîtresse d’Arlequin, Thomas Condemine Arlequin, valet de Lélio, Jean-Claude Drouot Frédéric, ministre de la princesse, Elsa Guedj Hortense, Pierre Ostoya-Magnin le roi de Castille sous le nom d’Ambassadeur, Marine Sylf la Princesse de Barcelone et Valentin Lambert musicien.

Théâtre 71, Malakoff, tél. : 01 55 48 91 00, jusqu’au 1er février. (Durée : 2 h 20). Puis au théâtre Montansier, Versailles, du 6 au 10 février, et à Alençon le 26 février.

Photo Guy Delahaye.

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