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Critiques / Festival / Théâtre

Le Prince de Hombourg et autres pièces

par Gilles Costaz

De grandes mises en scènes

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« Il était un prince en Avignon », dit une chanson célébrant le lointain festival où Gérard Philipe joua Le Prince de Hombourg de Kleist. La pièce a été reprise il y a trente ans et elle l’est à nouveau, dans la Cour d’honneur, cet été. L’histoire est celle d’un aristocrate militaire prussien qui passe pour fantasque et qui, un jour, lance ses troupes contre l’ennemi suédois alors qu’il n’en a pas reçu l’ordre. Il remporte la victoire, en ayant désobéi. La machine judiciaire, à l’instigation du grand Electeur, se met en marche contre lui et il est condamné à mort. Une femme et ses proches réclament l’annulation de la décision. Mais, isolé, tournant dans sa tête les raisonnements les plus opposés, le prince se met à penser qu’il mérite bien la mort. Deux folies contraires partent dans le même sens : le prince victorieux pourrait bien perdre la vie…
La pièce, qui est à la fois un cri contre l’absurdité du système politique et une méditation sur l’état d’éveil et de lucidité, a été confiée au metteur en scène italien Giorgio Barberio Corsetti, un maître de l’intégration de la vidéo au théâtre. Il s’est emparé brillamment de la Cour d’honneur, installant des escaliers mobiles, projetant d’étonnantes images sur la muraille, plaçant des acteurs et des chanteurs aux fenêtres et au-dessus du vide. Il a demandé à ses acteurs d’être souvent athlétiques, par exemple quand ils se suspendent à un cordon pour rester debout sur un plan incliné ! On n’adhère pas à toutes les compositions plastiques. Pourquoi ces hommes nus hissant le corps du Prince au début ? Peu importe, c’est le plus souvent fascinant et impressionnant.
Le temps où se passe la pièce a été décalé vers une première moitié du XXe siècle où tous les officiers sont en capote bleu nuit. Cela sent un peu la caserne et la satire de la soldatesque devient centrale alors qu’elle est, dans l’esprit de Kleist, secondaire et teintée d’onirisme et d’irréalisme. Xavier Gallais, qui joue le rôle principal, manque aussi de cette dimension romantique, qui devrait entremêler la rêverie sentimentale et l’angoisse philosophique. Mais Gallais est un grand acteur. Il effectue un parcours psychologique et physique qui a grande allure. Luc-Antoine Diquero, qui interprète le grand Electeur – ignoble autocrate au double ou triple jeu - , est, lui, le meilleur comédien, le plus puissant, de cette distribution qui comporte également Eléonore Jonquez, Anne Alvaro, Jean Alibert.. Au total, c’est un spectacle qui a beaucoup d’idées, une belle esthétique et qui, sans s’inscrire sans doute dans les mémoires comme le fit la mise en scène de Jean Vilar avec Gérard Philipe, a une vraie grandeur.
Parmi les autres spectacles, Hypérion d’Hölderlin, mis en scène par Marie-José Malis, est la catastrophe du festival 2014 : cinq heures d’ennui, sans aucune pensée sur la mise au théâtre d’un texte de caractère poétique. Au contraire, Les Sorelle Macaluso d’Emma Dante expriment la vie de femmes siciliennes dans une forme théâtrale explosive qui tient de la parade, de la danse et la confidence populaire : c’est très beau. Pour terminer cette sélection, on retiendra aussi Don Giovanni, dernière fête, « comédie bâtarde librement adaptée de Mozart et Da Ponte » par le metteur en scène chilien travaillant en Allemagne Antù Romero Nunes et le compositeur allemand Johannes Hofmann. Une vraie merveille d’invention et de facétie, qui s’appuie sur une réflexion sur le bonheur aujourd’hui. On a rarement vu une réalisation qui fasse autant appel au public sans démagogie et avec une fantaisie d’une aussi grande classe.

Festival d’Avignon, tél. : 04 90 14 14 14, jusqu’au 27 juillet.

Photo Le Prince de Hombourg, crédit Christophe Reynaud de Lage.

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