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Critiques / Théâtre

Le Poisson belge de Léonore Confino

par Gilles Costaz

Jardin d’enfants

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Aux étangs d’Ixelles à Bruxelles, un homme âgé, Grande Monsieur, et une gamine, Petit fille, se rencontrent. Ça commence mal. Comme la petite crie sa faim, l’homme répond : « Je n’aime pas la proximité des petites clochardes qui font semblant d’attendre leurs parents. » La jeune inconnue lui réplique : « Et moi je me méfie des presque monsieurs qui collent au banc. » Pris d’une vague pitié, le vieil adulte emmène la fillette chez lui : personne n’est venu chercher la pauvrette à la sortie de l’école. Impossible de s’en débarrasser ensuite. Elle est tyrannique, elle a l’art des remarques qui font mouche. La petite apprend, sans trop souffrir, que ses parents viennent de mourir. C’étaient des psychanalystes ! L’homme fait ce qu’il peut pour apaiser la tempête que cause l’intrusion d’une étrangère et de tout un monde qui le met en question. Lui-même se bat avec ses douleurs, c’est-à-dire avec un paquet de couleuvres qui se bousculent dans son ventre. En se frottant ainsi, les deux personnages iront peut-être vers leur libération. « J’ai voulu raconter une réparation, écrit Léonore Confino. Celle de l’enfant intérieur qui respire si mal en soi. »
Le spectacle sent la marée et le bestiaire ! Léonore Confino joue avec les images animales et place même un poisson rouge au milieu du décor. Le corps de son héroïne (qui se prend pour un poisson, avec des branchies) a des odeurs maritimes et l’on parle de baleines et de pieuvres ! Mais ces métaphores sont malicieusement freudiennes et surréalisantes. On pense à Jarry, à Vitrac, à Queneau. Le langage se déchaîne pour délivrer ces deux créatures de leurs chaînes – la jeunotte étant moins coincée que le grand dadais. Avec cette belle pièce, Léonore confino renouvelle son inspiration, plus tournée auparavant vers le monde social, amoureux et familial (Building, Ring, Les uns sur les autres). Tout est parfaitement mis en couleur et en action par la mise en scène musclée et tendre de Catherine Schaub et le décor mental et fantaisiste de Marius Strasser : l’appartement et sa salle de bains deviennent un jardin d’enfants. Les acteurs ont même trouvé une gestuelle qui sait faire fuir le réalisme et atteindre une étrangeté plaisante. Marc Lavoine joue admirablement l’être coincé, aux fureurs brèves, aux gestes trop raides : pour des débuts au théâtre (si l’on excepte une participation à une comédie musicale), c’est un bel exploit. Géraldine Martineau est une jeune comédienne comme on les aime, de la race des Zazie hors du métro ; elle est explosive et songeuse. Leur jeu et le texte de Confino ne cesse de faire des étincelles éclairant les ridicules blocages de l’être humain. Le Poisson belge, c’est gai comme une récré, profond comme l’art d’aimer.

Le Poisson belge de Léonore Confino, mise en scène de Catherine Schaub, scénographie de Marius Strasser, costumes de Julia Allègre et Rachel Quarmby, lumière de Jean-Marie Prouhèze, vidéo de Mathias Delfau, chorégraphie de Magali B., musique d’Aldo Gilbert et R. Jericho, avec Géraldine Martineau et Marc Lavoine.

Pépinière Théâtre, tél. : 01 42 61 44 16. Texte chez Actes Sud Papiers. (Durée : 1 h 20).

Photo Christophe Vootz.

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