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Critiques / Théâtre

Le Pays lointain (un arrangement) d’après Jean-Luc Lagarce

par Corinne Denailles

De jeunes pousses prometteuses

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Ce spectacle de sortie de la 5e promotion de l’Ecole du Théâtre du Nord, dirigé depuis 2014 par Christophe Rauck, ira à Avignon où il est programmé pour quatre représentations, une chance formidable pour cette belle équipe de passer de l’école à la plus prestigieuse manifestation théâtrale et une chance de se faire connaître. Ils le méritent bien et il faudra retenir leurs noms : les élèves auteurs de l’Ecole du Nord, Haïla Hessou et Lucas Samain, et les comédiens, Peio Berterretche, Claire Catherine, Morgane El Ayoubi, Caroline Fouilhoux, Alexandra Gentil, Alexandre Goldinchtein, Victoire Goupil, Corentin Hot, Margot Madec, Mathilde Méry, Cyril Metzger, Adrien Rouyard, ÉEtienne Toqué, Mathias Zakhar.
Sous la direction de Christophe Pellet, les élèves auteurs ont conçu un montage de textes à partir du Pays lointain, Nous les héros et le Journal de Jean-luc Lagarce de manière à proposer un rôle à chacun des quatorze comédiens. Un travail compliqué de sutures admirablement réussi qui enrichit le texte de base sans le trahir, ouvre des espaces dans le tissu du texte, ajoute des personnages et une sorte de chœur antique grave et comique. Le sous-titre « un arrangement » témoigne de ce travail et en même temps est un clin d’œil au Pays lointain dans lequel l’auteur évoque souvent l’idée des petits arrangements que l’on fait avec soi-même, avec les autres, avec sa vie, qui pourraient s’apparenter à autant de petites lâchetés.
Le Pays lointain est une reprise de Juste la fin du monde, très mal accueillie à la création, que Lagarce a retravaillé, augmenté et achevé une semaine avant de mourir du sida. Il y raconte l’histoire de Louis, « histoire d’un jeune homme qui décide de revenir sur ses traces‚ revoir sa famille‚ son monde‚ à l’heure de mourir ». Seulement il n’y parviendra pas et s’en ira dans le même silence de toujours et les malentendus qui en découlent, prisonnier de sa solitude et de sa souffrance. Dans la confrontation entre sa famille biologique et sa famille d’élection, se révèlent les non-dits générateurs de conflits, les blessures, l’impossible communication, l’enfermement de chacun la tendresse qui ne trouve pas de terrain pour s’exprimer. L’écriture singulière de Lagarce évoque la pseudo-simplicité, l’oralité de l’écriture durassienne. Les répétitions, les tâtonnements (« je crois‚ nous croyons‚ nous avons cru‚ je crois que c’est bien »)
sont l’expression des efforts du personnage de dire les choses au plus juste, comme si les mots prenaient appui les uns sur les autres pour se hisser dans la lumière sans jamais y parvenir.
Les acteurs évoluent sur un grand plateau dépouillé ; une table, une machine à écrire, un fauteuil et un grand paravent blanc articulé qui délimite des espaces, cachés ou visibles, et est l’écran sur lequel sont projetées des images, le temps d’une scène (décor coloré, façon bande dessiné, animation de dessins crayonnés noir et blanc).
Avec une grande fluidité et beaucoup d’intelligence du texte, les comédiens conjuguent les divers plans du texte, les temporalités différentes, les dialogues entre revenants et vivants, la vraie vie et la vie rêvée, le récit à la troisième personne et les scènes à la première personne, les ruptures comiques et les tensions dramatiques, sans oublier la dimension du théâtre dans le théâtre accentuée par les ajouts puisés dans le Journal de Lagarce. Un spectacle d’un grand professionnalisme admirablement mis en scène par Christophe Rauck, porté haut par ces jeunes acteurs talentueux frais émoulus de l’école du Nord.

Le Pays lointain (un arrangement) d’après Jean-Luc Lagarce. Adaptation et dramaturgie, Haïla Hessou et Lucas Samain (élèves auteurs de l’Ecole du Nord sous le regard de Christophe Pellet). Avec Peio Berterretche, Claire Catherine, Morgane El Ayoubi, Caroline Fouilhoux, Alexandra Gentil, Alexandre Goldinchtein, Victoire Goupil, Corentin Hot, Margot Madec, Mathilde Méry, Cyril Metzger, Adrien Rouyard, ÉEtienne Toqué, Mathias Zakhar. Plasticien-vidéaste, Carlos Franklin. Son, Xavier Jacquot. Lumières, Olivier Oudiou. Costumes, Coralie Sanvoisin.
Jusqu’au 23 juin au Théâtre du Nord. Du 20 au 23 juillet au Festival d’Avignon, salle Benoît XII. Durée : 3h30 (entracte compris).

Les textes de Jean-Luc Lagarce sont publiés aux éditions Les Solitaires intempestifs

© Simon Gosselin

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