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Critiques / Théâtre

Le Mouchoir de Marilyn Monroe de Fabio Fabi

par Gilles Costaz

Renaissance de la Comédie italienne

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Un jour peut-être, on écrira le roman d’Attilio Maggiulli et de la Comédie italienne de Paris. Disciple de Giorgio Strehler, Maggiulli a ouvert son petit théâtre en 1974 (ce n’était pas rue de la Gaîté, mais il s’est installé là un peu plus tard). Il y a monté essentiellement des comédies de Goldoni, mais à sa façon, en cultivant les « lazzi » traditionnels (les gags) mais aussi les allusions à l’actualité. Pendant des années, le public est venu, et aussi de grands personnages : Cartier-Bresson, Beckett, Baudrillard… Mais, ces derniers temps, les soucis financiers ont pris le dessus. Les rares subventions ont disparu. Dans un geste fou, digne d’un dadaïste de haut vol, Maggiulli a pris sa voiture et a foncé sur les grilles de l’Elysée. Ni François Hollande, ni la police n’ont su apprécier le geste protestaire à sa juste valeur. Ils ont envoyé l’audacieux à Sainte-Anne, d’où il est ressorti encore plus appauvri. Il n’a plus monté de spectacles et a loué son théâtre pendant deux ans. Voilà qu’il le rouvre à présent, avec un texte au titre inattendu pour un lieu voué à a culture italienne, Le Mouchoir de Marilyn Monroe.
Vous pensez que la star américaine est morte par suicide ? L’auteur de la pièce, Fabio Fabi, estime que non. Elle est toujours vivante, et le spectacle la représente nonagénaire, dans une chambre un peu minable, en compagnie d’une jeune femme qui l’aide à passer le temps et l’interroge sur sa vie. Le mouchoir dont il est question dans le titre est un objet véritable : il a échoué dans les mains de Maggiulli, un jour où il faisait du théâtre à New York ; celui-ci l’a montré à ce mystérieux Fabi qui s’en est souvenu pour écrire cette pièce. La star, dans cette fiction de Fabi, a la mémoire et le corps qui flanchent, mais elle a des éclairs de lucidité réjouissants. Elle se souvient de certains tournages, de Clark Gable dans Les Misfit, de ces obsédés sexuels de la famille Kennedy…
On comprend peu à peu pourquoi cette histoire américaine est jouée à la Comédie italienne : le premier mari de Marilyn était un joueur de base-ball d’origine italienne. En douceur, la soirée lui rend hommage. Si l’on ne renoue pas avec toute la troupe de Maggiulli (ses acteurs sont au chômage ou sur d’autres scènes), on renoue avec la « prima donna », Hélène Lestrade, admirable comédienne dont la finesse et la voix musicale font penser à Madeleine Renaud. Cette fois sans masque, Hélène Lestrade compose une Marilyn à bout de course avec autant d’aisance dans l’émotion que dans la drôlerie. Elle évoque d’ailleurs, sans le vouloir, Madeleine Renaud dans Oh les beaux jours. Valentina Vandelli lui donne joliment la réplique en se plaçant dans un retrait modeste et en s’attachant à faire sentir une vérité populaire. Bonne pièce, belle interprétation, ingénieuse mise en scène : la Comédie italienne est en train de renaître. Et le rire italien, dont nous avons tant besoin, retrouve sa place.

Le Mouchoir de Marilyn Monroe, impromptu de Fabio Fabi, adaptation et mise en scène d’Attilio Maggiulli, assistanat de Claudine Durand-Simon, lumières de Gilles Thomas, costumes et accessoires de Dominique Ekman, constructions de Jean-Claude Roffé, musique de de Michaël Roux, avec Hélène Lestrade et Valentina Vandelli.

Comédie italienne, 20 h 30 les mardi, vendredi et samedi, 19 h le jeudi, tél. : 01 43 21 22 22. (Durée : 1 h 20 ).

Photo DR.

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