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Critiques / Théâtre

Le Monde renversé par le collectif Marthe

par Gilles Costaz

La parole aux sorcières

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Dans un atelier très foutoir, plein d’images collées aux murs, de roues de bicyclette descendant des cintres et d’un bric à brac difficilement descriptible, trois jeunes femmes au nez bosselé (mais c’est une prothèse, elles le perdront en cours de route) nous apprennent que Karl Marx n’a pas tout compris au capitalisme et qu’elles ont un chapitre à ajouter au Capital : celui des femmes au ventre fournisseur d’hommes pour la guerre et le travail en usine. Mais elles basculent vers le thème des sorcières, auxquelles elles jouent (d’où le nez qui les défigure – si peu !). Les sorcières, nous disent-elles, ont servi de prétexte à la haine contre les femmes, leur corps, leur sexualité, et elles parcourent une histoire où l’Eglise et la société persécutent, torturent et assassinent ces réprouvées. La sorcière devient le symbole de la femme dominée et incomprise à travers les siècles Les quatres autrices-actrices, Clara Bonnet, Marie-Ange Gagnaux, Aurélia Lüscher, Itto Mehdaoui, changent de rôles à tout moment. Elles sont à la fois historiennes, militantes, figures historiques, icônes, clichés monstrueux, bouffonnes, comédiennes agissant en groupe et individuellement, pour composer une fresque insolent et débraillée qui « renverse le monde », comme dit le titre, mais surtout l’histoire officielle écrite par les bienpensants et les machistes. L’une se fait presser constamment les seins par une trayeuse électrique, une autre chevauche le balai des sorcières, une troisième donne sa vision d’une séance de gynécologie... Elles mêlent tous les temps, le Moyen-Age et l ’époque de la guitare électrique.
Clara Bonnet, Marie-Ange Gagnaux, Aurélia Lüscher, Itto Mehdaoui, ont créé le collectif Marthe, en référence à une lointaine sorcière qui a laissé sa vie au temps de la purification médiévale. Elles travaillent dans un faux désordre, sans souci du bon goût, avec une belle insolence, dans le sang et dans l’impudeur. Et c’est très joyeux, car elles savent être très drôles, même si, parfois, elles nous glacent les veines. C’est un anti-sabbat, une fête des folles comme il y avait une fête des fous où explosait la vérité enfouie et refoulée. Cela semble plus craché, balancé, projeté que construit (mais c’est, bien entendu, très élaboré et pensé) et c’est revigorant.

Le Monde renversé par le collectif Marthe. Jeu, écriture et mise en scène de Clara Bonnet, Marie-Ange Gagnaux, Aurélia Lüscher, Itto Mehdaoui, dramaturgie et écriture de Guillaume Cayet, œil extérieur : Maurin Olles, conception des nez par Célia et Cécile Kretschmar, lumières de Clémentine Pradier, chorégraphie de Marjory Duprés, construction d’Alexis Forestier et Itto Mehdaoui.

Théâtre de la cité internationale, tél. : 01 43 13 50 50, jusqu’au 25 janvier. (Durée : 1 h 25).

Photo Dorothée The Bert Filliger.

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