Accueil > Le Menteur de Corneille

Critiques / Théâtre

Le Menteur de Corneille

par Gilles Costaz

Fête baroque

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Le Menteur, c’est la pièce d’un Corneille en grande forme. Un Corneille qui s’amuse, facétieux comme un jeune homme, irrespectueux comme un amant qui goûte le plaisir et envoie paître la société. Le héros de la pièce, Dorante, se vante des largesses, qu’il n’a jamais prodiguées, et, pendant qu’il y est, invente une promesse de mariage qu’il n’a pas davantage signée. En face de ses mensonges, c’est la réalité qui lui ment à son tour : il est amoureux d’une jeune femme qu’il prend pour une autre. Tout cela s’arrange, mais après mille complications, confits et invectives.
Julia Vidit ne monte pas la pièce exactement comme elle l’est. On lui en voudrait si elle ne le faisait pas avec une belle intelligence moderne. Escortée de l’auteur Guillaume Cayet, elle ajoute quelques événements, quelques alexandrins et fait de cette pièce des malentendus un jeu des apparences et des surprises, une comédie sociale où chacun se trompe sur les autres et sur lui-même. Le décor de Thibault Fack participe beaucoup à l’action : c’est un jeu de miroirs qui change de forme à volonté et qui est autant un lieu de passage que de dissimulation.
Dans cette version, les femmes ont un rôle encore plus actif que chez Corneille et les acteurs de couleur aussi, puisque les deux héroïnes sont noires : Karine Pédurand et Aurore Déon jouent avec brio leur jeu de dupe et de double. Lisa Pajon, en interprétant un domestique de sexe masculin, injecte avec un magnifique tonus le trouble de l’ambiguïté sexuelle. Barthélémy Meridjen incarne le rôle central de Dorante avec une fougue savamment désordonnée. Dans le rôle du rival, Adil Laboudi a la juste fureur. En vieillard berné, Jacques Pieiller est d’une présence riche et touchante. Le baroque et son tohu-bohu, ici, nous perturbent et nous embarquent dans un plaisir constant.

Le Menteur de Pierre Corneille, adpatation de Julia Vidit et Guillaume Cayet, mise en scène de Juia Vidit. Dramaturgie et écriture Guillaume Cayet scénographie Thibaut Fack lumière Nathalie Perrier son Bernard Valléry et Martin Poncet costumes Valérie Ranchoux maquillage, perruques Catherine Saint-Sever, avec Joris Avodo, Aurore Déon, Nathalie Kousnetzoff, Adil Laboudi, Barthélémy Meridjen, Lisa Pajon, Karine Pédurand, Jacques Pieiller.

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 18 février. (Durée : 1 h 50).

Photo Anne Gayan.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

1 Message

  • Le Menteur de Corneille 27 janvier 22:43, par feredj

    J’ai adoré les acteurs et le rythme donné à la piece. Mais les ajouts n’apportent rien à mes yeux. Pire, ils cassent l’apport d’une mise en scène tonique. Quant aux poncifs sur la place de la femme, les constats n’en sont-ils pas subtilement et plus efficacement en place dans le texte d’époque ? En tout cas les acteurs sont superbes et le moment agréable. R

    repondre message

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.