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Critiques / Théâtre

Le Malade imaginaire de Molière

par Gilles Costaz

Argent dans un fauteuil d’or

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Les représentations de ce Malade imaginaire se font, dans la discrétion mais avec succès, au sein du cycle classique donné par la compagnie du Grenier de Babouchka et le théâtre Michel, à l’intention des jeunes spectateurs. Il ne faut pas sous-estimer cette appropriation de la pièce de Molière par Jean-Philippe Daguerre et son équipe, le texte étant juste un peu allégé. C’est une belle interprétation, d’une juste réflexion.
Tout se passe autour du fauteuil doré d’Argan. Il n’y a que cela : le fauteuil du faux malade, du vrai tyran dont la loi, les ordres, les humeurs, les déraisons, les emballements, les dépressions profitent au corps médical et mettent en péril le groupe familial. Ce fauteuil est un trône, un œuf, une tente royale, un abri, un poste de commandement, un château-fort ouvert à tout vent ! La tête enturbannée, les mains posées sur un énorme boulier, Argan en robe d’intérieur appelle, supplie, se plaint, décide, trompe et est trompé. Autour de lui, les médecins sont en chasuble noire et portent un noir chapeau qui s’allonge. Ils ont l’accent russe ! Les gens de la maisonnée sont dans une élégance ocre et blanche. La fille cadette a l’accent des cités : normal, c’est la plus jeune. Les autres ont le français le plus pur. Ce XVIIe siècle fait des clins d’œil à notre temps. De rares clins d’œil, mais on ne se prive pas d’un plaisir qui, de surcroît, rend le texte encore plus proche de nous.
Jean-Philippe Daguerre a retiré le ballet final, faute de moyens sans doute, ce qui ne pose pas de problèmes, quand la drôlerie féroce de la pièce est mise à feu tout au long de cette diablerie domestique. Il voit noir, Daguerre, et plus que Molière, puisqu’il ne croit pas à la sincérité de la fille d’Argan, Angélique, qui, dans l’une des dernières scènes, se moque de son père au moment où celui-ci comprend la cupidité de son épouse et l’attachement des siens. Cette façon de voir le rôle est discutable mais c’est un regard de metteur en scène, qui a sa propre vision et dessine, touche après touche, tout un groupe humain.
Argan est joué par l’excellent Didier Lafaye, qui a une malice à la Michel Serrault ou à la François Morel et sait la tempérer pour être ce grand enfant inconscient et méchant qu’est le personnage. Sophie Raynaud rompt avec la tradition de la servante ronde et mûre pour être une jeune bonne svelte et audacieuse. Elle est très plaisante, comme l’est Margueritte Dabrin interprétant à la fois Angélique (sans accent) et Louison (avec l’accent banlieue !). Maïlis Jeunesse a grande allure. Frédéric Habera, Alexandre Beaulieu, Olivier Gérard, jouent plusieurs rôles, en passant habilement de la clownerie à la vérité sociale et humaine. Les gags qui leur sont confiés, inventifs, variés, pas bégueules (on nous parle du corps humain qui se lâche), sont parfois musicaux, car le petit Diafoirus a des sonorités moscovites dans sa voix mais des notes guillerettes dans la clarinette qu’il a avec lui.
C’est aussi, délicatement, un spectacle sur la mort de Molière, le personnage de Béralde (Frédéric Habera) toussotant et crachant son sang jusqu’à l’épuisement final. C’est dire que la mise en scène de Jean-Philippe Daguerre place la barre en hauteur, en conservant la simplicité du théâtre et sans ralentir un merveilleux entrain de comédie. Ce Molière, centré, recentré, concentré sur un homme seul dans un œuf d’or, quel bonheur !

Le Malade imaginaire de Molière, mise en scène de Jean-Philippe Daguerre, costumes de Catherine Lainard, décors de Deborah Durand, avec Didier Lafaye, Maïlis Jeunesse (ou Marie-Laure Girard), Margueritte Dabrin, Frédéric Habera, Alexandre Beaulieu, Olivier Girard.

Théâtre Michel, tél. : 01 42 65 35 02, en alternance, les samedis,
dimanches, à 14 h, et certains jours de vacances scolaires. (Durée : 1 h 30).

Photo Fabienne Rappeneau

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