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Critiques / Théâtre

Le Legs

par Gilles Costaz

Le jeu de l’amour et de l’argent

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Tiens, on chante chez Marivaux ! C’est la surprise du spectacle de Marion Bierry. Elle a intégré dans différentes scènes du Legs des chansons de Ronsard, n’hésitant pas à associer deux auteurs à deux siècles de distance ! Et elle y ajoute un autre siècle : les musiques sont de Schubert ! Voilà qui fait de la pièce une comédie à couplets. Reste que le principal refrain, c’est l’argent qui pèse de tout son poids dans la balance de l’amour. S’il veut bénéficier d’un copieux legs, un marquis doit épouser une certaine jeune femme. S’il ne le veut pas, il doit donner une partie de cette somme à la jeune femme. Or le marquis est amoureux de l’amour et de l’argent. Et il faut choisir, car son amour va à une autre femme, une comtesse. Chacun tente de jouer au plus fin, car la jeune fille, elle aussi, ne veut pas perdre son argent tout en n’épousant pas ce vieux marquis, elle qui a un jeune chevalier dans sa manche…
Dans ce théâtre du Poche, quand il était dirigé par Etienne Bierry et Renée Delmas, Marion Bierry avait déjà présenté un excellent Marivaux, La Seconde Surprise de l’amour, bien que la politique du lieu (et celle de Marion Bierry) soit de favoriser les pièces contemporaines. Aujourd’hui, les nouveaux directeurs, Philippe Tesson, Stéphanie Tesson et Charlotte Rondelez, ont l’élégance de lui commander un nouveau Marivaux. Ils en sont récompensés par ce spectacle raffiné qui, avec son langage verbal, gestuel et musical, joue avec bonheur sur plusieurs tableaux. Marion Bierry y est aussi actrice. Elle y incarne la jeune femme qui ne veut pas être trompée par la vie et par les hommes, avec cette originalité faite de sensibilité étonnée qui l’a toujours définie. Bernard Menez est un marquis aux atermoiements fort savoureux. En comtesse, Valérie Vogt a de l’autorité et de l’allant. Gilles Vincent Kapps donne au rôle du chevalier une épaisseur secrète. Tous, ainsi que Estelle Andrea et Sinan Bertrand (dans les rôles des domestiques), chantent honnêtement, comme il faut le faire dans le théâtre chanté, sans avoir de visées opératiques ! L’argent et l’amour dansent ainsi sur la scène. Ah, qu’en termes galants, ces choses-là sont jouées !

Le Legs de Marivaux, avec des sonnets et des chansons de Ronsard, mise en scène de Marion Bierry, décor de Nicolas Sire, lumières d’André Diot, arrangements musicaux de Gilles Vincent Kapps, costumes de Marion Bierry, avec Bernard Menez, Marion Bierry (en alternance avec Marie Réache), Valérie Vogt, Estelle Andrea, Sinan Bertrand.
Poche-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 45 44 50 21, jusqu’au 29 juin. (Durée : 1 h 30).
Photo Victor Tonnelli

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