Accueil > Le Journal d’Anne Frank

Critiques / Théâtre

Le Journal d’Anne Frank

par Gilles Costaz

De la pudeur à l’impudeur

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Transposer le Journal d’Anne Frank à la scène est une entreprise a priori louable : les jeunes générations ne connaîtront jamais avec assez de précision ce que fut le génocide des Juifs par les nazis et leurs alliés. On sait qu’Anne Franck, petite fille allemande habitant les Pays-Bas, écrivit secrètement tout ce qu’elle vivait dans la clandestinité d’un appartement qu’elle partageait avec d’autres Juifs. Elle fut découverte et arrêtée avec tous ceux qui se cachaient là. Déportée à Auschwitz puis à Bergen-Belsen, elle mourut, âgée de 16 ans, dans ce dernier camp, en 1945. Retrouvé dans le grenier où elle avait vécu, son journal fut publié en 1947 et bouleversa des millions de lecteurs.

Le parti pris d’Eric-Emmanuel Schmitt est de conter la vie de la petite Anne et de ses compagnons en flashbacks : on vient de découvrir les cahiers de la petite fille, alors qu’on ne sait pas si elle est vivante. Son père les lit, en même temps qu’il va voir tous les jours si ses enfants ne sont pas de retour parmi les rares survivants qui rentrent par petits groupes. Le spectacle se déroule donc sur les temps du présent et du passé, jusqu’à ce qu’il explose comme un cri final – sans qu’on ait été trop regardant sur les moyens : on utilise une chanson française des années 40 alors que l’action se passe en Hollande ! D’ailleurs, tout est massif, et parfois braillard. Ces braves gens dans leur grenier piaillent en oubliant de jouer les clandestins. Steve Suissa fait donner la grosse caisse qu’appelle l’adaptation peu subtile d’Eric-Emmanuel Schmitt. Francis Huster, dans le rôle du père, est l’un des rares à conserver un peu de distance par rapport à cette excitation si peu conforme à la vérité historique. Ce qui était pudique devient, par instants, impudique. En Anne Frank, Roxane Duràn est contrainte à un jeu illustratif d’une rare fadeur. Plutôt le silence que cette transposition tapageuse !

Le Journal d’Anne Frank d’Eric-Emmanuel Schmitt d’après le livre du même nom, mise en scène de Steve Suissa, décors de Stéphanie Jarre, lumières de Jérôme Almeras, son d’Alexandre Lessertisseur, avec Francis Huster, Gaïa Weiss, Roxane Duràn, Odile Cohen, Katia Miran, Charlotte Kady, Yann Babilée Keogh, Bertrand Usclat, Yann Goven. Théâtre Rive Gauche, tél. : 01 43 35 32 31. (Durée : 1 h 45).

PhotoLot

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.