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Critiques / Théâtre

Le Jardin d’Alphonse de Didier Caron

par Gilles Costaz

Famille au bord de la crise de nerf

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La maison de famille est un lieu propice à l’enfouissement des secrets et idéal pour l’explosion des conflits et des non-dits. La mort d’un ancêtre libère tout ce qui dormait dans les consciences ! Justement, Alphonse Lemarchand vient de s’endormir pour toujours. C’était le père, ou le grand-père, de la tribu selon les générations. Dans son jardin, le père de la vague née dans l’après-guerre, la mère, un ami, les enfants sont là. Les enfants, ce sont deux fils qui ne s’entendent pas vraiment et sont venus avec leur compagne (mais l’une d’elles pourrait bien passer d’un frère à l’autre) et une fille qui a invité une amie et dont le comportement irrité est toujours en décalage avec celui des autres. Le père annonce qu’il va léguer la maison à ses enfants. La fille n’en veut pas et va jusqu’à mettre en cause le passé de ses grands-parents et parents. Il faut tout repenser. Il faut surtout s’affronter, palabrer, jusqu’à ce que les vérités tues pendant des années se fassent jour. L’histoire principale remonte à la guerre mais d’autres affaires de famille, de sexe et d’argent s’invitent à ce pique-nique où l’on n’aura guère le temps de manger…
Par certains côtés, la nouvelle pièce de Didier Caron peut faire penser à Derniers Remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce : frères et soeurs qui ne se voyaient plus guère se retrouve le jour où les anciens les ont quittés et où ils foulent le plancher d’une maison désormais à vendre. Mais Caron travaille moins au microscope et au scalpel. Il élargit le tableau sur une échelle plus grande de l’Histoire de la France, privilégie le ton de la comédie, aime à s’amuser du ridicule des uns et des autres. Noire pourtant est cette image de la famille, qui ira en s’éclaircissant. Elle est assez classique, bien qu’elle cherche à saisir toutes les différences (hétéros et homos), rejoint les visions de la vie de province que nous avons tous en tête mais avance avec une grande justesse des touches. Notre monde tribal est là, saisi dans ses secousses et acheminé vers la difficile harmonie des contraires. Neuf acteurs en scène, c’est rare. Neuf acteurs tous exacts et nuancés, c’est rare aussi. Didier Caron, comme auteur et metteur en scène (il joue aussi l’un des rôles), s’est promené avec une belle ironie et une affection souterraine dans les arcanes de la petite-bourgeoisie. Avec lui, Yves Collignon, Julia Dorval, Romain Fleury, Sandrine Le Berre, Christiane Ludot, Karina Marimon, Arnaud Pfeiffer et Véronique Viel sont autant d’icônes banales, drôles et touchantes de la France profonde. Pas de fausses notes dans cette chronique attendrie d’une classe sociale.

Le Jardin d’Alphonse de Didier Caron, mise en scène de l’auteur en collaboration avec Véronique Viel, décor de Sébastien Barbaud, costumes de Christine Chauvey, lumière de Sébastien Lanoue, avec Didier Caron, Yves Collignon, Julia Dorval, Romain Fleury, Sandrine Le Berre, Christiane Ludot, Karina Marimon, Arnaud Pfeiffer, Véronique Viel.

Théâtre Michel, 21 h, tél. : 01 42 65 35 02.

Photo Franck Harscouet.

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