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Critiques / Théâtre

Le Faiseur de théâtre de Thomas Bernhard

par Gilles Costaz

La folle vanité de l’homme-orchestre

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La machine-outil Thomas Bernhard n’a pas pris un coup de rouille. Elle assène toujours ses coups répétés et colossaux sur les petitesses des grands hommes grisés par leur vanité verbale infinie. Le plaisir se renouvelle avec la mise en scène du Faiseur de théâtre par Christophe Perton qui, sans être totalement convaincante, donne à la cérémonie comique de la parole narcissique toute son ampleur. Ce « faiseur », qui, deux heures durant, évoque sa vie, ses réussites, son génie en traitant avec mépris l’activité de tout autre individu, est un auteur-acteur venant jouer sa pièce La Roue de l’Histoire dans un minuscule village autrichien. Quelques instants avant de passer en scène, il essaie d’obtenir de l’aubergiste un bol de bouillon et de ses acteurs (sa famille) un jeu conforme à ses intentions. Ses pensées tournent en rond comme des fauves. Il tyrannise son entourage. Mais autant de certitudes sur la grandeur de sa pièce, la justesse de ses pensées et la supériorité de son talent d’interprète ne garantissent pas son succès dans ce village de 200 habitants où le public sera inévitablement peu nombreux…
La soirée se déroule dans un décor parfait de Perton et Creuz : non pas un hall d’auberge comme le veut le texte, mais un hall de théâtre rougeoyant qui semble prolonger l’architecture du théâtre Dejazet. Dans cette scénographie, Perton table sur la carte de la franche comédie. Les autres personnages que le « faiseur » sont pitoyables et burlesques. Agathe L’Huilier, Julien Pelissier, Barbara Creuz et Manuela Beltran accumulent les maladresses drolatiques ; ils en font sans doute trop, l’humour de Berhard ne se situant pas là mais dans la solitude hallucinée de l’auteur de La Roue de l’Histoire et dans l’inexistence de son entourage. Seul, Eric Caruso, qui joue l’hôtelier écrasé par les exigences de son visiteur, trouve la distance qui crée le contraste et l’épaisseur.
En fait, tout repose sur l’interprète principal qui est ici André Marcon. Dans le rôle on avait vu Bernard Freyd, à la création française, dans la mise en scène de Jean-Pierre Vincent, et, récemment, François Clavier, dans la mise en scène de Julia Vidit. On était, dans les deux cas, saisis par un vertige oppressant. Avec André Marcon, le « faiseur » est plus bonhomme : c’est plus un raté qu’un fou. En homme-orchestre, alignant les épisodes de ses exploits et ses proclamations dérisoires, Marcon atteint un sommet proche de ceux qu’il gravissait lorsqu’il jouait Valère Novarina (Le Monologue d’Adramelech). Cette fois, en compagnie de Perton, il extrait le grandiose qui dort dans le pitoyable.

Le Faiseur de théâtre de Thomas Bernhard, traduction d’Edith Arnaud (éditions de l’Arche), mise en scène de Christophe Perton, scénographie de Christophe Perton et Barbara Creuz, collaboration artistique de Camille Melvil, son d’Emmanuel Jessua, costumes de Barbara Creuz, lumières de Pablo Simonet, avec André Marcon, Agathe L’Huilier, Eric Caruso, Julien Pelissier, Barbara Creuz, Manuela Beltran.

Théâtre Déjazet, tél. : 01 48 87 52 55, juqu’au 9 mars. Puis en tournée : Thonon, 12 mars. Toulon, 15 mars. Lyon, Célestins, 9-13 avril. (Durée : 1 h 55).

Photo DR.

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