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Critiques / Théâtre

Le Diptyque du rat de Hrabal et Copi

par Gilles Costaz

Les rongeurs sont parmi nous

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Le rat ! C’est la face cachée de nos villes, l’habitant de nos détritus, l’animal qu’on ne veut pas voir et dont on sait pourtant qu’il est d’une intelligence sociale remarquable. Laurent Fréchuret, qui n’aime pas trop le théâtre bien léché, compose un Diptyque du rat à partir de deux auteurs qu’on n’imaginait pas associés mais qui, dans un humour différent, raillent la bienséance des cultures officielles. En première partie, une adaptation d’Une trop bruyante solitude du Tchèque Bohumil Hrabal. Là, un homme vit comme un rat. Presseur de papiers, il avale littérature et philosophie en même temps que des hectolitres de bière avant de détruire les montagnes de textes dont des autorités invisibles ne veulent pas. Génial délire qui est un cri d’amour à l’écriture et à la pensée. Seul en scène, Thierry Gibault empoigne ce torrent de mots en ouvrier maculé, épuisé, abîmé et transfiguré. Il est absolument stupéfiant, tandis que la mise en scène de Fréchuret et la lumière d’Eric Rossi opèrent un fascinant voyage entre l’ombre et la clarté. (Un grand spectacle qui pourrait être exploité séparément.)

Seconde partie : une pièce peu jouée du franco-argentin, Copi, La Pyramide. Pour elle, on nous transporte dans un autre lieu, une prétendue pyramide inca où se déchaînent un rat qui parle (le personnage fétiche de Copi), une reine déjantée et dévoreuse, un jésuite qui aime l’argent, une princesse qui n’a rien de la gentille jeune fille... C’est à qui volera, trompera, tuera l’autre ! Copi mêle l’époque pré-colombienne et le monde du pétrole et des voitures pour mieux rire de tout, ne respecter rien, combiner la folie de son histoire et la vérité de son regard (terrible) sur l’espèce humaine. Il faut adhérer à l’énormité de ce rire pour aimer cette farce explosive. Cela explose en effet, dans cette mise en scène qui table sur les acteurs plus que sur les accessoires et occupe tout l’espace. Elya Birman (le rat), Elisabeth Macocco (la reine) et Rémi Rauzier (le Jésuite) sont particulièrement brillants dans cette réinvention comique du « théâtre de la cruauté ».

Avec un tel diptyque, on se prend de passion pour les rats – de théâtre !

Le Diptyque du rat de Hrabal et Copi, mise en scène de Laurent Fréchuret, scénographie de Stéphanie Mathieu, costumes de Claire Risterucci, son de François Chabrier, collaboration artistique de Dorothée Zumstein. Une trop bruyante solitude : traduction d’Anne-Marie Ducreux-Plenicek, adaptation de Laurent Fréchuret, avec Thierry Gibault. La Pyramide : avec Philippe Baronnet, Elya Birman, Thierry Gibault, Elisabeth Macocco, Nine de Montal, Rémi Rauzier. Théâtre de Sartrouville, tél. : 01 30 86 77 77, jusqu’au 23 octobre (durée : 2 h 30).

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