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Critiques / Théâtre

Le Crédit de Jordi Galceran

par Gilles Costaz

Chantage érotique lors d’une tractation bancaire

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Ce n’est pas franchement élégant, c’est plutôt ouvertement croquignolet. « Si vous ne m’accordez pas mon crédit, je baise votre femme », dit le client de la banque venu solliciter un emprunt. Avec un dossier financier pitoyable, le client n’a nullement droit aux 3000 euros qu’il réclame. Mais il fait chanter le chargé de compte : il séduira sa femme parce qu’il a un atout secret, un don sexuel auxquels aucun être de sexe féminin peut résister. C’est ce qu’il prétend et c’est suffisant pour faire trembler l’employé. Un bras de fer s’engage. Entre les impératifs banquaires et la menace de détournement d’épouse légitime, quel plateau de la balance va l’emporter ? Le chargé de compte est prêt à mettre un peu d’eau dans son vin, mais le client est coriace, d’autant plus inquiétant que son assurance paraît invraisemblable ; il n’a rien d’un don juan…
Les premières minutes sont d’une grande force satirique. On s’y retrouve tous, nous avons tous (ou presque tous) affronté l’indifférence d’une banque intraitable. Mais, assez vite, la comédie se disloque dans la facilité, et l’idée du dénouement a déjà dû être utilisée un bon millier de fois au boulevard. Cet affaiblissement progressif est-il dû au texte original du Catalan Jordi Galceran ou à l’adaptation d’Eric Cyvanian qui semble ne pas y aller avec le dos de la cuiller ? La soirée, pourtant bien réglée par le même Cyvanian, tombe peu à peu dans le poncif mais les deux interprètes sont de grands acteurs, des rois de la clownerie sociale : Didier Bénureau, au jeu d’un acharnement continu, à l’humour noir transpirant sans cesse dans une attitude mobile qui détaille tout un code de la guérilla en milieu bureaucratique, et Daniel Russo, parfait en bourgeois au pied fragile, d’abord entier, puis fracturé, tel un athlète perdant son centre de gravité. Il y a, au moins, cela : un très bon face à face de comédiens.

Le Crédit de Jordi Galceran, adaptation et mise en scène d’Eric Civanyan, assistanat de Sylvie Papardin, décor de Pauline Gillot, musique de François Peyrony, avec Didier Bénureau et Daniel Russo.

Gaîté-Montparnasse, 21 h, tél. : 01 43 22 16 18. (Durée : 1 h 20).

Photo DR.

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