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Critiques / Théâtre

Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas

par Gilles Costaz

Un drame romantique façon cubiste

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C’est le grand roman de la vengeance que l’histoire du jeune Edmond Dantès, emprisonné au château d’If pendant 14 ans pour un crime dont il n’est pas coupable, jeté à la mer avec les morts mais resté suffisamment valide pour qu’il puisse sortir du sac et rejoindre la terre ferme. Là, sous l’identité du comte de Monte-Cristo, l’homme humilié et abîmé va s’en prendre à tous ceux qui l’ont trompé et ont ruiné sa vie, femmes et hommes. Véronique Boutonnet, pour l’adaptation, et Richard Arselin, se sont attachés à un étranger pari : porter ce livre fleuve à la scène, le concentrer en moins d’une heure et demie et ne pas le donner dans sa continuité mais dans un ordre cubiste, avec de permanents allers et retours. Ils définissent ainsi leur projet : « Trois comédiens incarnent la vingtaine de personnages, dans une succession de saynètes autonomes, construites comme de véritables épisodes, un spectacle puzzle qui laissera la place à l’imaginaire. Une écriture ciselée, syncopée, chirurgicale ; des éléments de l’intrigue dispersés au compte-goutte, distillés dans chacune de scénettes ; le choix de perdre le spectateur dans un labyrinthe chronologique, de démarrer par la fin du roman, revenir au début, repartir au cœur de celui-ci, et voyager ainsi à travers les histoires de ce livre. »
Pas le moindre décor. Tout se passe dans la cave aux pierres séculaires de l’Essaïon. La vie théâtrale repose sur le jeu nerveux et changeant des comédiens, sur les éclairages qui captent les expressions et les mouvements, le son de Franck Etenna qui fait gronder et frémir les empoignades et les séparations. Les acteurs changent de rôle à tout moment. Edmond Dantès peut être joué par la seule comédienne, Véronique Boutonnet, mais est incarné aussi par ses deux partenaires masculins. Dans ces changements de temps et de rôles, le spectateur peut se perdre mais se ressaisit le plus souvent. La démarche est déroutante mais elle est originale. On la suit avec plaisir car Véronique Boutonnet, Luca Lomazzi et Franck Etenna ont de fortes personnalités et un sacré tonus. Les apparences, élaborées à partir des costumes et des éclairages, et les climats sont soignés, comme les enchaînements. Cela court comme un cheval au galop. Mais la véritable intention reste à définir. N’est-ce pas plutôt le désir de saisir le genre du romanesque, de l’attraper dans son essence littéraire, dans son mouvement frénétique et dans ses vérités inconscientes ? On verrait volontiers ce spectacle aller d’une université à l’autre, plus encore que d’un théâtre à l’autre, pour révéler la face ignorée ou peu étudiée d’un genre et d’un auteur.

Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, adaptation de Véronique Boutonnet,
mise en scène et création lumières de Richard Arselin, costumes par Les Vertugadins | création sonore de Franck Etenna, avec Véronique Boutonnet, Luca Lomazzi et Franck Etenna.

Essaïon, 19h30 du jeudi au samedi, tel. : 01 42 78 46 42, jusqu’au 2 juillet. (Durée : 1 h 15).

Photo DR.

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