Accueil > Le Cid de Corneille

Critiques / Théâtre

Le Cid de Corneille

par Gilles Costaz

Des héros sans grandiloquence

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Nous avons souvent souligné la qualité des classiques représentés par la compagnie le Grenier de Babouchka, que dirige Jean-Philippe Daguerre. Il s’agissait, et il s’agit toujours (car plusieurs de ces spectacles sont à l’affiche, dont la récente et heureuse version du Bourgeois gentilhomme) de comédies de Molière. A présent, la même équipe s’attaque au Cid de Corneille. Pas simple ! Ce n’est pas parce qu’on a aussi monté Cyrano de Bergerac de Rostand - un succès qu’on peut voir au Ranelagh - qu’on saura trouver la vérité de notre première tragédie nationale. Mais le choix d’une distribution majoritairement très jeune et le refus de toute solennité donnent déjà un coup de neuf à ce texte que l’auteur définissait une tragi-comédie. Dans la première minute, Rodrigue et Chimène font quelques figures d’escrime en s’amusant : signe que le conflit à venir n’est pas très loin, signe aussi que la jeunesse, même chez l’auteur du Cid, n’est pas toujours empreinte de sérieux.
Peu de décor, mais d’élégants costumes de Virginie Houdinière. La musique, d’une certaine façon, crée le décor, le contexte. A l’arrière-scène, Petr Ruzicka et Antonio Matias, assis sur des tabourets, rythment l’action avec une partition aux couleurs espagnoles : pas à chaque instant, mais souvent, un peu trop peut-être. Mais ce choix rejoint la volonté générale de fuir la grandiloquence, rend la relation du spectateur avec le texte plus intime. L’intérêt dès lors se noue autour des deux personnages principaux : Rodrigue est incarné par Kamel Isker (ou Thibault Pinson, qui joue le rôle en alternance). Isker ne joue pas la légende, mais la fragilité sous la vaillance, la tendresse dans l’exaltation. Il est très juste, et si proche de nous ! Dans le rôle de Chimène, Manon Gilbert pousse encore plus loin la méfiance du style noble qu’on associe à ce répertoire. Cette Chimène vient du peuple, c’est une plante sauvage et douce. Elle pourra décontenancer les tenants d’une imagerie héroïque mais Manon Gilbert donne une vie intense et un autre charme au personnage. En infante, Charlotte Matzneff a belle allure et suggère finement une multitude de pensées silencieuses dans la tête. Johann Dionnet, qui se charge de Don Sanche d’Aragon, casse également le caractère policé des personnages, en s’attachant à traduire la timidité et la nature brute de l’amant éconduit. Quant à l’interprète du roi, lui aussi peut dérouter les amateurs d’un style hautain : Daguerre le rend un tantinet ridicule en lui demandant d’aller gigoter sur l’une des balustrades du théâtre. Mais l’idée est plaisante : on a bien le droit de rire des monarques ! Didier Lafaye (qui joue le rôle en alternance avec Alexandre Bonstein) compose très bien un souverain cauteleux et précieux. Tous leurs partenaires, Sophie Raynaud, Stéphane Dauch, Christophe Mie (qui a réglé les combats, avec éclat), Yves Roux, Mona Thanaël, sont à l’aise dans cette mise en place colorée et romanesque.
Il y a des Cid plus grandioses, mais celui-ci ne cherche pas à l’être. Sa modestie lui permet d’éclairer des aspects moins connus et de lui rendre une vertu populaire qu’il n’a pas toujours.

Le Cid de Pierre Corneille, mise en scène de Jean-Philippe Daguerre, assistanat de Nicolas Leguyader, combats de Christophe Mie, costumes de Virginie Houdinière, décor de Frank Viscardi, musique de Petr Ruzicka, avec Stéphane Dauch, Johann Dionnet, Manon Gilbert, Kamel Isker ou Thibault Pinson, Maïlis Jeunesse ou Mona Thanaël, Didier Lafaye ou Alex Bonstein, Charlotte Matzneff, Christophe Mie, Sophie Raynaud, Yves Roux, et les musiciens Petr Ruzicka, Antonio Matias.

Théâtre Michel, en matinée, à des heures et de jours variables à l’intérieur de la programmation du Grenier de Babouchka, tél. : 01 42 65 35 02, jusqu’au 22 mai. (Durée : 1 h 40).

Photo Geoffrey Callènes.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.