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Critiques / Opéra & Classique

Le Chevalier à la rose

par Caroline Alexander

Marivaudage in lupanar

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Mélancolie et drôlerie, romantisme et satire : quatre ingrédients qui font du Chevalier à la Rose de Richard Strauss l’un des plus purs chef d’œuvre du répertoire lyrique. Quatre ingrédients dont on ne retrouve que des morceaux épars dans la nouvelle production que vient de présenter l’Opéra de Nancy et de Lorraine.
"C’est, écrivait un critique anglais au lendemain de la première à Londres, tout simplement l’histoire d’un jeune homme qui offre à une femme vieillissante la tragédie de la fin d’un amour et à une jeune fille le bonheur d’un amour naissant". De cette jolie définition, citée dans le programme, émergent deux mots essentiels : tout simplement. Même si le livret de Hugo von Hofmannstahl, dans cette deuxième collaboration signée avec Richard Strauss après Elektra, regorge d’événements bouffons, l’intrigue de base repose en effet sur une donnée toute simple : celle du temps qui passe. Dernière passion ici, premier émoi là-bas. La Maréchale aime et se laisse aimer par le jeune comte Octavian tout en sachant qu’il sera la dernière flamme à faire vibrer son cœur et son corps. Cet Octavian de dix sept printemps, chargé par le grotesque baron von Ochs de porter à Sophie Faninal, sa promise, une rose d’argent, gage de son engagement. Un mariage troc : fortune des roturiers contre lignée de noblesse, et qu’importe les différences d’âge ou les sentiments.
Coup de foudre au premier regard échangé : Octavian et Sophie tombent fous d’amour l’un pour l’autre. Reste aux tourtereaux nouveaux à dénouer le drôle de sac de nœuds qui dévoilera la vraie nature de ce baron vénal et libidineux...

Sur fond de valses et de songeries

Après avoir mis ses pas dans ceux de Wagner, Strauss s’était promis de "faire un Mozart". Quelque chose de frais entre Cosi fan tutte et L’Enlèvement au sérail, entre nostalgie et farce. Sur une musique des plus viennoises, sur fond de valses, de chocolat mousseux et de songeries.
C’est ce qu’ a compris et que sert à merveille le jeune chef allemand Sebastien Lang-Lessing, directeur musical de l’Opéra de Nancy depuis 2001 où il a plus d’une fois déjà prouvé son intuition et son talent. Il transmet à ses musiciens autant d’énergie qu’une pile, les calme et les rassure, fait passer dans les cordes des frissons de nostalgie et maintient les voix d’une distribution honnête à un niveau de belle homogénéité : Martina Serafin en Maréchale un peu trop jeune mais joliment en voix, Heidi Brunner, suissesse comme l’indique son prénom, Octavian un rien pataud ne réussissant pas toujours à se défaire d’un vibrato métallique, Andrew Greenan, basse anglaise au legato tout en rondeurs, en truculent baron von Ochs.
Le hic vient de la mise en scène. On pouvait attendre beaucoup du jeune Philippe Himmelman, encore peu connu en France mais qui, en décembre 2002, avait à Lyon réussi un superbe Boris Godounov de Moussorgski . Le premier acte de son Rosenkavalier laisse espérer un résultat comparable avec, pour tout décor, un champ de roses en papier, hautes d’un mètre, plantées comme des épingles à chapeau géantes. Par terre quelques gros coussins sur lesquels roulent les amants du moment, la Maréchale et son Octavian.

Couples déchaînés et prostitués en cuir

L’action avance, les personnages apparaissent, le champ de fleurs devient champ de bataille. C’est fait avec trois rien et on y croit. Dès l’acte II, un doute s’installe : pourquoi les costumes et accessoires ont-ils enjambé quelques siècles, passant de la Vienne impériale du XVIIIe voulu par Strauss aux années folles du vingtième ? L’acte III se rapproche encore de nos jours et cette fois tombe carrément à côté de la plaque. L’auberge des rendez-vous galants qui doit piéger von Ochs s’est métamorphosé en bordel, avec matelas rayés au sol sur lesquels copulent des couples déchaînés, des prostitués en cuir, des grandes folles. Et un Octavian - chanté comme toujours par une mezzo soprano - déguisé en pute au décolleté ne cachant rien de sa vraie féminité. Badinage en lupanar ! Le problème n’est pas que ce soit choquant, c’est bêtement laid. Ce qui est montré se situe à des années lumières du marivaudage musical de Strauss, de son ironie, de son élégance, de son spleen. Curieux traitement auquel miraculeusement résiste la musique. Par la générosité de ses chanteurs et la grâce de son chef.

Le Chevalier à la Rose - Der Rosenkavalier, de Richard Strauss, livret de Hugo von Hofmannsthal, orchestre symphonique et lyrique de Nancy et chœur de l’Opéra de Nancy et de Lorraine, direction Sebastien Lang-Lessing, mise en scène Philipp Himmelmann, décors Johannes Leiacker, costumes Petra Bongard. Avec Martina Serafin, Andrew Greenan, Heidi Brunner, Peter Edelmann, Henriette Bonfde-Hansen, Michèle Lagrange, François Pioloni, Marie Thérèse Keller. Opéra de Nancy et de Lorraine, les 31 mars, 3, 5, 7 et 9 avril 2005.

Photo : Ville de Nancy

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