Accueil > Le Cercle des Castagnettes de Georges Feydeau

Critiques / Théâtre

Le Cercle des Castagnettes de Georges Feydeau

par Gilles Costaz

Un homme, un chapeau et un canapé

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est du Feydeau jeune, très jeune ! Le futur auteur du Fil à la patte a écrit ces monologues quand il était encore au lycée et lorsqu’il venait de le quitter sans attendre le temps des diplômes. Avec des amis il avait fondé une troupe amateur, le Cercle des Castagnettes, et y faisait entendre notamment ces textes : Les Réformes, Le Juré, Trop vieux, L’Homme économe, Le Potache, Un monsieur qui n’aime pas les monologues… Sans les éditions d’Henry Gidel on aurait sans doute oublié ces écrits de jeunesse, qui sont parfois repris comme des hommages à l’esprit balourd des années 1875-1880 et que bien des spectateurs pourront considérer comme secondaires et même négligeables. Alain Françon et Gilles David, qui ont là travaillé en duo (l’acteur a conçu et signé le spectacle en compagnie du metteur en scène), appliquent une autre optique. Sans effacer le comique fin du XIXe, ils cherchent le sens caché de cette rigolade. Consciemment et inconsciemment (cela dépend de la vitesse à laquelle courait le fil de sa plume), Feydeau se rit du Français moyen et de sa bêtise satisfaite. Un juré se vante de son sens de la justice, mais il ne juge qu’à partir de ses intérêts et de ses points de vue. Un avare parade sur son sens de l’économie, sans se soucier du malheur des autres. Un politicien aligne ses arguments – ou plutôt son absence d’arguments – pour se faire élire… David et Françon en font aussi, au second plan, une réflexion sur le théâtre : le texte sur l’abus des monologues et leur aspect squelettique face aux pièces à plusieurs personnages prend une étrange résonance – très drôle - aujourd’hui, en un temps où le soliloque envahit nos scènes…
Sur le plateau, juste un canapé rouge qui n’est pas là l’accessoire traditionnel de l’adultère mais l’expression du confort bourgeois. Gilles David le contourne et l’habite tantôt en visiteur, tantôt en propriétaire. C’est un passant ou un sédentaire, selon les textes. Les allées et venues de son chapeau de feutre gris expriment ses départs et ses arrivées, ses certitudes et ses palinodies. David joue avec ces deux accessoires, en costume gris, le cou pris dans une cravate moderne de couleur bleue (tiens, un anachronisme ? On s’en moque !) Il dessine surtout, de tout son corps, la vanité de celui qui sait, qui ne doute pas, qui a la clé de la société à l’altitude des classes moyennes. Gilles David s’inspire discrètement des bateleurs de café-concert et des comiques troupiers, de tous ceux qui ont voulu faire passer la malice courte pour une intelligence à la vue longue, du style « J’ai ma combine » - que chantait, bien plus tard, Georges Milton, dit « le roi des resquilleurs ». Cette série d’imbéciles heureux est assez effroyable, mais fort réjouissante. Le tandem Françon-David utilise, sous le sourire, le fil du rasoir. Là où d’autres auraient fait des pas d’éléphant, Gilles David trouve la légèreté de la profondeur.

Le Cercle des Castagnettes de Georges Feydeau, mise en scène et adaptation d’Alain Françon, scénographie de Jacques Gabel, lumière de Joël Hourbeigt, musique de Marie-Jeanne Séréro, avec Gilles David. Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Carrousel du Louvre, 18 h 30, tél. : 01 44 58 98 58, jusqu’au 22 avril. Textes dans le Théâtre complet, V, établi par Henry Gidel, éditions Garnier. (Durée : 1 h 05).
© Raynaud de Lage

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.