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Critiques / Théâtre

Le Cabaret calamiteux de Camille Boitel

par Gilles Costaz

Un monde à la dérive

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Il y a quatre ans, le jeune Camille Boitel et sa troupe nous éblouissaient avec L’Immédiat, vision tragicomique d’une maison s’effondrant pièce après pièce sur des habitants s’efforçant d’échapper à la chute inéluctable des murs et des objets. C’était admirable. Boitel a depuis mûrement réfléchi un autre projet, qui ne reprend en rien le précédent mécanisme mais fonctionne aussi sur la représentation comique du ratage, de l’échec, de l’erreur. Du moins est-ce le cas du spectacle central d’un triptyque dont nous n’avons pu voir tous les éléments et qu’il appelle Un catalogue. Là, dans Le Cabaret calamiteux , l’ambition est de placer le spectateur dans et devant un spectacle de music-hall où tout part à la dérive. Dès l’entrée, les coutumes et la sexualité sont plaisamment mis en crise : le public est invité à changer de tenue dans un vestiaire et les hommes conviés à « passer une robe » (mais l’on n’est pas obligé d’accepter). Une partie de ce public s’assoit à des tables placées autour d’une mini-scène que des rideaux voilent et dévoilent. Les autres spectateurs restent dans les gradins, si le personnel d’accueil qui prend plaisir à vous faire attendre le veut bien ! Ensuite les acteurs jouent la dégradation d’un show qui va en s’aggravant. La nourriture voltige, les verres sont cassés, les musiciens ne tirent d’abord aucun son de leurs instruments, le chanteur et le pianiste en viennent aux mains, la charmeuse perd ses cheveux… Le public finira par être poussé vers la sortie !

Ce résumé rend mal compte de la soirée car il laisse penser qu’un rythme précipite ces événements. Pas du tout ! Tout prend son temps, se cherche, se traîne. On peut concevoir un cabaret loupé et déroulé sur un tempo lent mais, ici, l’idée de l’erreur qui est à la fois catastrophe et création est tellement appliquée et proclamée qu’elle reste souvent théorique. Il faudrait que tout soit enveloppé d’une atmosphère poisseuse, d’une angoisse collective, d’un climat qui provoque une continuité ou une progression. Non, tout est composé de façon trop claire et mis méthodiquement à la queue leu leu. Deux des acteurs, à n’en pas douter, ont un talent d’une réelle originalité : Camille Boitel lui-même qui, le cheveu long, en robe blanche le plus souvent, se glisse entre les rideaux de la mini-scène et dans le bric à brac du cabaret, joue, chante et pianote avec des attitudes de défi qui viennent du plus profond de lui-même ; et Pascal Le Corre, haut personnage aux cheveux tombants, étonnant dans ses brumes intérieures, capable d’exploits d’une grande technicité, comme de se déshabiller presque entièrement rien qu’avec des gestes imperceptibles qui font tomber ses vêtements un à un.

Plus qu’au foudroyant burlesque à l’américaine on pense aux cabarets mythiques de Berlin et Munich à l’entre-deux-guerres, en recevant cette provoc anti-bourgeoise, à cette culture du mauvais goût qui conteste le goût établi. Le spectacle de Boitel a des moments où la convention est vraiment secouée, contestée, renversée, parfois par une gestuelle cabossée, ou bien par le passage furtif d’un acteur ou d’une actrice au propos étrange. Pourtant, tout est à revoir, à resserrer, à affirmer. Il y a trop peu de ces instants-là pour que l’attention du spectateur soit emportée par un mouvement, un rebond, une vision.

Le Cabaret calamiteux de Camille Boitel, mise en scène de l’auteur, construction de Marion Lefèvre et Thomas de Broissia, costumes de l’Immédiat, lumières de Jacques Benoît Dardant et Michaël Philis, avec Thomas de Broissia, Camille Boitel, Pascal Le Corre, Marion Lefèbvre, Céline Schmitt, un trio musical issu du Surnatural Orchestra.
Théâtre de la Cité internationale, tél. : 01 43 13 50 50. (Durée : 1 h 45). Ce spectacle est le spectacle principal d’un « Catalogue » qui comprend, en alternance et à d’autres horaires, deux autres propositions, « La Machine à jouer » et « Conférence sur la jubilation ».

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