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Critiques / Théâtre

Le Bourgeois gentilhomme de Molière

par Gilles Costaz

Corrida et estocade

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M. Jourdain, le « bourgeois gentilhomme », se prend pour le roi Soleil. Son portrait, entouré de rayons éclatants, reste suspendu en fond de scène, toute la représentation. Quel seigneur ridicule que M. Jourdain ! Mais quel soleil il fait surgir dans la mise en scène de Jean-Philippe Daguerre, définie comme « flamenco-taurine » ! Les costumes sont éclatants – la couleur rouge est dominante -, des chevaux (de théâtre) surgissent, des épées sortent de leur fourreau et une musique qui n’est plus de Lully mais de Valentina Casula, aux tonalités andalouses, donne régulièrement un rythme trépidant. Discrètement allégée (le texte et les ballets ont été un peu compressés), la satire de Molière est ici restituée dans le jus de son époque : le pamphlet vaut pour les nouveaux riches d’aujourd’hui mais il se déroule au XVIIe siècle avec cette folie des vêtements masculins compliqués où les nobles sont empruntés et les bourgeois jaloux grotesques comme au carnaval. On sait que M. Jourdain finit par se laisser embobiner par son entourage déguisé en officiels turcs. La turquerie du « mamamouchi » conclut, comme une grande fête, ce spectacle parfaitement réglé et pensé par Jean-Philippe Daguerre. C’est une corrida avec estocade, mais sans mise à mort !
Jourdain est joué par Didier Lafaye (qui interprète par ailleurs L’Avare dans l’une des autres productions de cette équipe, le Grenier de Babouchka). C’est un comédien à la présence savoureuse et au jeu très mobile. Il ne colore pas d’enfance le « bourgeois » comme pouvaient le faire autrefois Roland Bertin à la Comédie-Française ou François Morel à la Porte-Saint-Martin. Il en donne les l’ambition, l’égoïsme petit-bourgeois et l’aveuglement. Il ne l’accable pas mais ne le sauve pas. Il est fort drôle parce que coupable de mille petite vanités et trahisons. C’est exactement le personnage. Autour de lui, tous les interprètes, Mariejo Buffon, Severine Delbosse, David Slovo, Olivier Girard, Barbara Lamballais, Bruno Degrines et Jonathan Pinto-Rocha ont du nerf et de la vivacité. Certains sont même d’excellents musiciens, joyeux et endiablés avec guitare, cajon, cromorne et flûte. Une mention spéciale ira à Yves Roux qui joue de manière plutôt inquiétante Dorante et le maître de musique, ainsi qu’à Stéphanie Wurtz, épatante Nicole. Faut-il révéler que le maître tailleur a le look de Karl Lagerfeld ? Cela permet de donner une idée du ton et de la drôlerie d’un spectacle qui sait fort bien être classique et contemporain.

Le Bourgeois gentilhomme de Molière, mise en scène de Jean-Philippe Daguerre, musique et chorégraphies de Valentina Casula, costumes de Catherine Lainard, décor Déborah Durand, avec Mariejo Buffon, Severine Delbosse, David Slovo, Olivier Girard, Didier Lafaye, Barbara Lamballais, Bruno Degrines, Jonathan Pinto-Rocha, Yves Roux, Stéphanie Wurtz.

Théâtre Michel, en matinée, à 14 ou 16h les mercredis et jours de vacances (en alternance avec les autres spectacles de la compagnie Le Grenier de Babouchka), tél. : 01 42 65 35 02, jusqu’au 1er mai. (Durée : 1 h 40).

Photo Geoffrey Callènes

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