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Critiques / Théâtre

Le Bavard de Louis-René des Forêts

par Gilles Costaz

La parole et ses contraires

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Le Bavard, publié en 1946 par Louis-René des Forêts, est un texte aimé des vrais goûteurs de littérature. Georges Bataille, Maurice Blanchot, Albert Camus ou bien Michel Foucault ont adoré ce récit qui parle sur plusieurs tons et sublime la parole tout en la mettant en cause. Un narrateur nous parle de son errance, de sa fuite, des lieux qu’ils traverse. Pourtant que dit-il en vérité ? Joue-t-il avec les mots des discoureurs pour les détruire ou les subvertir ? Ment-il et jongle-t-il avec le lecteur ou le spectateur pour mieux le perdre ? La parole se déroule, se masque et développe ses contraires. Michel Dumoulin est le premier à avoir pleinement senti la nature théâtrale de l’oeuvre. Ce réalisateur, qui est aussi metteur en scène, en fit un premier spectacle au festival d’Avignon 1993, puis au Centre Pompidou. A l’époque, l’acteur qui l’interprétait était Charles Berling, très étonnant, dispensant cette beauté éphémère que peut avoir le solo d’un grand acteur dans un jardin provençal. Vingt ans après, Dumoulin reprend le projet, avec deux autres comédiens qu’il fait jouer en alternance : Robert Plagnol et Niels Adjiman.
En fait, Robert Plagnol assure toutes les premières représentations. C’est lui qu’on a pu voir et qu’on peut voir en ce moment. Il joue dans la nudité d’une des salles du Lucernaire. Pas de site enchanteur comme à Avignon. Juste le dépouillement de la scène et la force troublante des mots. Le jeu et la mise en scène s’appuient sur la délicate provocation du langage, qui sème le romanesque et le retourne comme un gant. Ils s’adressent directement au public, l’interrogent sans attendre de réponse, lui injectent une certaine dose d’inquiétude infiltrée dans la splendeur de l’adresse. Plagnol est royal dans cette attitude où l’interprète est à la fois très seul et en dialogue avec les personnes présentes, maniant en même temps un texte très riche et tout ce qui se dit sans mots entre la scène et la salle. Sur le mode théâtral, Dumoulin et Plagnol ont transcrit et traduit ce qu’a d’unique l’expérience de la lecture d’un texte de Louis-René des Forêts.

Le Bavard de Louis-René des Forêts, adaptation et mise en scène de Michel Dumoulin, musique de Michel Portal et Thomas Tallis, lumière de Geneviève Soubirou, avec Robert Plagnol ou Niels Adjiman (en alternance).

Lucernaire,18 h 30, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 22 novembre. (Durée : 1h 05). Texte chez Gallimard, « L’Imaginaire ».

Photo Laurencine Lot.

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