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La mort de Dominique Darzacq

par Gilles Costaz

Une grande figure de la critique et de l’histoire théâtrale

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Notre collaboratrice et amie Dominique Darzacq vient de mourir, le 8 janvier. Elle était née à Paris en 1932. C’était une grande figure de la critique et de l’histoire théâtrale, qui avait su s’exprimer sur différents médias, la presse, la radio, la télévision et internet. Elle avait fait ses premiers articles à Combat dans les années 60, sous la houlette de Philippe Tesson. Sa forte personnalité l’avait amenée à être rapidement à la fois un témoin critique, une intervieweuse savante, une réalisatrice de documentaires fouillés et quelqu’un de très proche du milieu théâtral – sa compagne, Martine Spangaro, qui devait devenir son épouse ces dernières années, participa à la direction du théâtre de Sartrouville, au temps de Claude Sévenier, et dirigea longtemps le théâtre du Petit Louvre qui s’ouvre chaque été pendant le festival d’Avignon. Chroniqueuse à France Inter, Dominique Darzacq anima pendant plusieurs années une émission consacrée au théâtre sur TF 1, grâce au patronage d’Yves Mourousi : un exploit, et un exemple quand on pense au peu d’intérêt que les grandes chaînes de télévision manifestent aujourd’hui à l’égard de l’art dramatique quand il n’est pas porté par des vedettes (car elle défendait tous les genres de théâtre).
Sans être une critique à laquelle on confiait un feuilleton ou une collaboration régulière, elle écrivit dans beaucoup de journaux et revues : la revue de l’ATTAC, Connaissance des arts, Le Monde, Révolution, Itinéraire, Le Journal du théâtre, Théâtre aujourd’hui… Elle prolongeait cette intense activité journalistique par des livres qui resteront : C’était du théâtre comme il n’était pas à prévoir mais comme il est à espérer (1985) sur le théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, L’Abécédaire Heyoka Sartrouville (1999 : elle s’intéressa beaucoup au théâtre jeune public et à la marionnette), Le Désordre des vivants (de longs entretiens avec Jean-Pierre Vincent, 2002). Devenue réalisatrice, elle a fait, essentiellement pour l’INA, des documentaires remarquables sous le titre générique de « Mémoire du théâtre » : elle a ainsi fait parler et témoigner Hubert Gignoux, Roger Planchon, René Allio, Jacques Mauclair, Jean-Pierre Vincent, Jorge Lavelli, Isabelle Sadoyan, Aurélien Recoing, Pierre Vial, Antoine Bourseiller… L’histoire du théâtre lui doit, lui devra beaucoup !
Entière dans ses jugements et ses amitiés, elle ne redoutait pas les désaccords et la polémique. En même temps, elle était solidaire de ses confrères et fut toujours très engagée dans l’action du Syndicat professionnel de la critique de théâtre, de musique et de danse, dont elle avait été faite vice-présidente d’honneur. C’est dans un ses textes écrits pour le bulletin du Syndicat que nous relevons ce qu’elle dit de l’art de juger : « Alors que pour Émile Zola la critique était « une des choses les plus inutiles et les plus sottes qui se puissent voir », Oscar Wilde, au contraire, affirmait qu’« une époque qui n’a pas de critique est une époque où l’art est immobile ». Pour sa part, le critique Gilles Sandier (1924-1982) la concevait comme « une franchise qui se bat, la partialité éclairée », tandis que Francisque Sarcey (1827-1899) affirmait qu’elle était « la voix de la foule, et son premier cri ». On la classerait plutôt du côté de Gilles Sandier, personnage un peu oublié mais qui fut l’un des ténors de la critique passionnée au cours des années 60-80.
Atteinte par la maladie, elle continua à aller régulièrement au théâtre et à donner ses articles à Webtheatre, malgré des séjours réguliers à l’hôpital. Elle eut la grande tristesse de voir son épouse Martine mourir au mois de juin. Restée seule, elle ne voulait rien abandonner de son activité principale. Les messages qu’elle envoyait à la rédaction étaient combatifs, chaleureux et rieurs. Récemment, elle nous annonçait un entretien avec l’actrice Anne Le Guernec, quand elle fut de nouveau emmenée à l’hôpital où elle devait succomber de crises respiratoires. Webtheatre et la presse théâtrale perdent une observatrice de premier plan, d’une écriture particulièrement gourmande,

Photo : Dominique Darzacq, par Fernand Michaud, années 80. (Gallica, BN).

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