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Critiques / Opéra & Classique

La Traviata

par Caroline Alexander

Le goût exquis des larmes

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« Dès le début du prélude, nous savons qu’il est trop tard » note Anne-Marie Lazarini dans le programme de cette Traviata qu’elle vient de mettre en scène et qui, depuis une semaine, fait pleurer des salles combles à l’Apostrophe/Théâtre des Louvrais, scène nationale de Cergy-Pontoise, grâce à la jeunesse de son orchestre et de ses interprètes, tous issus d’écoles et de formations françaises.
Dès le début donc, sur l’ouverture poignante du grand Giuseppe Verdi, sur un écran descendu devant le rideau de scène, on voit Greta Garbo/Marguerite mourir dans les bras de Robert Taylor/Armand, le final du film Camille que George Cukor réalisa en 1937, d’après le roman d’Alexandre Dumas. Un visage magnifique et familier, une référence célèbre, histoire de nous rappeler que la passion qui va nous être contée sera d’avance condamnée. Pour sa première incursion dans le domaine lyrique, Anne-Marie Lazarini, directrice, animatrice du Théâtre des Athévains dans le 11e arrondissement de Paris, nous rappelle que ce mélodrame flamboyant est tiré d’une histoire vraie qui, depuis plus de 150 ans, fait couler des larmes et inspire musiciens, gens de théâtre et de cinéma.

Pari réussi

A sa création en 1853, l’opéra qu’en tira Verdi n’annonçait pas le destin triomphal qui allait lui être réservé par la postérité, avec ses airs fameux qui s’accrochent aux tympans et trottent dans les mémoires comme autant de jingles. A cause de l’histoire, ce sujet de société comme on dirait aujourd’hui, où une demi-mondaine atteinte de phtisie connaît, avant de mourir, une reconnaissance de classe grâce au sacrifice de son amour ? Ou par la virtuosité de sa musique exigeant de ses interprètes des moyens hors du commun ? Allez savoir... L’accueil frileux fait à la première représentation n’empêcha pas l’œuvre de devenir un chef d’œuvre incontournable, l’un des favoris du public et le must des sopranos colorature de la dimension de Callas. C’est un pari un peu fou pour un théâtre de grande banlieue parisienne de produire intégralement une nouvelle mouture de ce formidable écrin à émotions. Un pari réussi par la simplicité, une sorte d’humilité d’alpiniste face à la montagne et à ses secrets. Lazarini n’a pas tenté de faire mieux que l’auteur qu’elle sert , elle s’est inclinée devant son génie tout comme elle s’est inclinée devant les moyens dont elle disposait, moyens sans commune mesure avec ceux qu’offrent les maisons d’opéras largement subventionnées. Et curieusement, cette mise à nu, cette façon de se servir des chœurs comme de vrais chœurs et non comme d’acteurs chantants, frôlant en cela parfois la version de concert ou la mise en espace, cette façon de se plier aux exigences d’un plateau immense que seuls quelques éléments de décors viennent habiller, en un mot, ce recul touche au cœur de la cible.

Poésie, souffle et puissance

Des rideaux blancs balayés de savants éclairages, un lustre pour les fêtes, un canapé de rotin et un bras d’arbre menaçant l’éphémère quiétude campagnarde, une table de jeu en diagonale... Et des costumes qui disent leur époque avec grâce et sans prétention. On peut regretter la rangée de chaises en plastique noir du premier acte, on s’incline devant l’ingéniosité et la beauté de ce lit géant, debout, aux draps en bouillonnés blanc où Violetta agonise puis s’écrase comme un insecte happé par la lumière.
Les jeunes instrumentistes du Conservatoire National de Région de Cergy-Pontoise sont dirigés par Andrée-Claude Brayer, petite femme énergique aux allures de maîtresse d’école, qui leur insuffle la poésie, le souffle et la puissance de ce Verdi magistral. Tous les seconds rôles, jeunes chanteurs issus de divers conservatoires, sont impeccablement tenus et dans le trio de tête, le baryton Matthieu Léocrart, un habitué des Arts Florissants, confirme en un Germont presque trop digne sa parfaite ligne de chant tandis qu’Avi Klemberg, à défaut de volume, apporte à Alfredo un timbre encore vert mais d’une jolie clarté. Quant à Isabelle Philippe, qui n’a craint aucun aigu des somptueuses vocalises de Violetta, avec son medium de velours et sa grâce, est à juste titre la reine de la soirée. Une étoile nouvelle dans le ciel des sopranos colorature.

La Traviata, de G. Verdi, orchestre symphonique du Conservatoire national de région de Cergy-Pontoise, direction Andrée-Claude Brayer, mise en scène Anne-Marie Lazarini, décors et lumières François Cabanat, costumes Dominique Bourde, avec Isabelle Philippe, Avi Klamberg, Matthieu Léocrart, Joachim Knitter, Jean Vincent Blot, Marie Pascale Leroy, Karine Godefroy. L’Apostrophe/Théâtre des Louvrais à Cergy-Pontoise (95300), les 10,12,14,18,20 et 22 mai. Renseignements : 01 30 17 00 31.

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