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Critiques / Théâtre

La Religieuse d’après Diderot

par Gilles Costaz

Les infortunes de la pureté

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Pauvre Suzanne Simonin, cloîtrée malgré elle dans un couvent où l’éducation au nom de Dieu a un fort goût de sadisme ! La supérieure la persécute, la prive de tout. Elle se croit sauvée le jour où elle peut rompre ses vœux et profiter de l’hospitalité d’une femme au comportement bienveillant. Mais la passion de cette femme s’avère vite encombrante, puis insupportable quand Suzanne en comprend le caractère lesbien et n’entend pas répondre aux exigences intéressées de sa bienfaitrice… Diderot écrit là les infortunes de la pureté comme Sade écrivit Les Infortunes de la vertu. La Religieuse a déjà fait l’objet d’adaptations au théâtre et au cinéma. Ce que propose la version de Christelle Reboul et Marie-Laurence Tartas est une organisation autour de ses deux grandes parties, tandis que d’autres éléments du texte sont lus par les personnages eux-mêmes. Ainsi ramassé, le texte de Diderot existe par le contraste entre ses deux grands moments, différents mais écrits d’une même plume acerbe, et par la vivacité de ces deux grands actes.

Ce spectacle est l’un des deux événements principaux du festival Diderot créé par le Ranelagh à l’occasion du trois centième anniversaire de sa naissance. L’autre est la reprise de l’endiablé Neveu de Rameau par Nicolas Vaude, Gabriel Ledoze, le claveciniste Olivier Baumont, dans une mise en scène de Jean-Pierre Rumeau – un spectacle créé il y a quelques années et régulièrement à l’affiche tant il fait crépiter l’insolence joyeuse de l’écrivain-philosophe.

C’est Nicolas Vaude qu’on retrouve dans La Religieuse, non plus comme acteur mais comme metteur en scène. Il a su composer là non pas exactement un récit linéaire mais un condensé de l’œuvre, centré sur quelques scènes essentielles, amplifié par un climat musical et subtilement déroulé pour que le public goûte la saveur de l’extraordinaire langage de Diderot. L’accord avec le lieu même du Ranelagh – splendide salle du XIXe siècle qui s’inscrit dans la continuité de l’esthétique du siècle précédent – parachève cette harmonie.

Et il y a une étonnante et exceptionnelle interprète de la religieuse : Christelle Reboul. De la race de ces actrices qui ont l’émotion à fleur de peau et de gorge, elle saisit le spectateur d’une façon immédiatement sensible et musicale. Elle est dotée d’une présence racinienne qui est à la fois chant et passion. A ses côtés, Marie-Laurence Tartas joue les deux rôles de la mère supérieure et de l’amoureuse avec une habileté et une puissance très maîtrisées. Frédéric Andrau endosse plusieurs petits rôles avec une grande élégance rêveuse. Parmi les récentes transpositions de ce roman rageur, c’est l’une des versions les plus fortes que l’on ait pu voir.

La Religieuse d’après Diderot, adaptation de Christelle Reboul et Marie-Laurence Tartas, mise en scène de Nicolas Vaude, avec Christelle Reboul, Marie-Laurence Tartas, Frédéric Andrau et Christine Plubeau (viole de gambe).
Théâtre du Ranelagh, tél. : 01 42 88 64 44, jusqu’à la fin décembre. A 21 h, alors que Le Neveu de Rameau se joue à 19 h. (Durée : 1 h 20).
photo Victor Tonelli

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