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La Religieuse d’après Diderot

par Gilles Costaz

Deux actrices dans un tissu visuel

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Peu favorable au monde ecclésiastique, Diderot donne des couvents de femmes une bien sévère image dans La Religieuse ! Mais il s’est inspiré d’une histoire authentique, celle d’une sœur du couvent de Longchamp qui, se plaignant de divers sévices, déposa une requête auprès de la justice dans l’espoir d’être rendue à la vie civile. Elle perdit son procès mais le grand philosophe en fit l’héroïne d’un récit qui fit grand bruit. Suzanne devient religieuse pour échapper à son milieu familial. Dans son premier couvent, elle est l’objet de persécutions et vit entourée de déséquilibrées. Acceptée dans un autre couvent, elle est l’objet de manifestation de tendresses de la supérieure qui s’avèrent tout à fait intéressées : celle-ci aime les femmes d’un amour tyrannique et attend de Suzanne un abandon amoureux. Suzanne recouvrera la liberté, mais pour entrer dans une nouvelle existence pauvre et pitoyable.
L’adaptation de Gaële Boghossian ne suit pas le livre à la lettre. Elle partage le récit entre deux personnages féminins qui sont deux faces d’une même personne. L’une conte le destin de Suzanne à l’avant-scène. L’autre joue la religieuse enfermée sur la scène elle-même. Mais ce qui donne la singularité du spectacle, c’est son caractère de théâtre vidéo. Alors que tant de metteurs en scène jouent avec gratuité des instruments électroniques, Paulo Correia est un maître du genre et sa troupe, le Collectif 8, une référence. Ceux qui ont vu leurs précédentes réalisations, Médée de Corneille ou L’Homme qui rit d’après Hugo par exemple, savent que, pour eux, la composition visuelle et sonore naît d’une profonde réflexion sur le texte et a le double rôle d’une architecture et d’une enveloppe sensorielle. Correia crée un décor toujours changeant qui, malgré sa mobilité, délimite l’aire de jeu. Ici, c’est un sentiment de cage, d’embastillement qui domine. Cette prison visuelle toujours renouvelée est un jeu plastique mais surtout une énorme iconographie liée au thème de la pièce : images d’église, de couvents, de geôles, de tableaux, de symboles... Comme si l’on libérait une partie de la « data » stockée sur l’enfermement à caractère religieux par toutes les mémoires du monde et comme si, choisie, mise en forme, cet album en mouvement venait ajouter au texte et à l’action un savoir ample et imagé. Dans le tissu des lignes, des dessins, des visages, des paysages et des graphies (l’écriture même de Diderot), Gaële Boghossian et Noémie Bianco sont à l’opposé de l’abstraction, jouant les codes les plus sensibles du jeu théâtral. Ce moment, orchestré également comme la représentation symbolique de la progression des femmes dans un monde qui les oppresse, est tout à fait fascinant.

La Religieuse, d’après Diderot, adaptation de Gaële Boghossian, mise en scène et création vidéo de Paulo Correia, musique de Clément Althaus, scénographie de Collectif 8 et Divine Quincaillerie, « mise en corps » de Michaël Allibert, costumes de Gaële Boghossian et Romain Fazi, avec Noémie Bianco et Gaële Boghossian.

Le Chêne noir, Avignon, 13 h 15. Reprise à Anthea Théâtre d’Antibes les 29 et 30 novembre.

Photo DR.

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