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La Reine de Beauté de Leenane

par Marie-Laure Atinault

Œdipien, freudien, une guerre intestine entre une mère et une fille en attente d’un prince charmant.

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Le Connemara c’est beau, surtout dans les chansons et sur les cartes postales. Mais si vous parlez de l’Irlande à Maureen ou à Ray, ils vous parleront de leurs rêves de partir.

Maureen est une belle fille de quarante ans. Elle vit seule avec sa mère Mag. Cette dernière passe ses journées devant la télé, et elle manie avec dextérité son fauteuil roulant. Elle attend avec impatience le retour de sa fille. Elle veut son thé, sa soupe lyophilisée, son porridge. Elle veut que ce soit sa fille qui le fasse parce que Maureen, elle, ne fait pas de grumeau ! Entre les deux femmes c’est la guerre domestique. La vieille femme est comédienne et ses manies sont dégoûtantes. Elle geint et fait des caprices. Maureen tempête, crie mais s’occupe de sa mère. Elle n’est pas fille unique mais elle est l’enfant sacrifié, la seule de la fratrie qui soit restée. Son univers se réduit à cette cuisine, épicentre de ce huis clos étouffant. Et puis un jour, elle revoit son amoureux de jeune fille Pat Dooley ! Il se souvient bien de Maureen, jeune, elle était la plus belle fille du coin, une vraie Reine de Beauté. Alors, oui, Maureen pense que le Prince charmant est de retour, et qu’il va l’emmener loin de sa mégère de mère.
La venue de Pat Dooley est comme une vague d’amour pour Maureen. Un fol espoir. Pour Mag c’est une catastrophe ! Si sa fille part qui s’occupera d’elle. Et elles ne peuvent pas vivre l’une sans l’autre. Trahisons, silences obtus, petites phrases assassines, c’est un vrai règlement de compte à Leenane.

Il a bien longtemps que nous n’avions plus cette pièce de Martin McDonagh, traduite et mise en scène par Gildas Bourdet. Sophie Parel a gardé la traduction. Elle nous offre une vision plus intimiste de cette comédie noire. La pièce est crue, violente, drôle, cruelle. Elle expose une humanité brute dans ce tiers monde européen. Ces existences broyées par le chômage. La pièce est diaboliquement écrite. Martin McDonagh nous présente ces deux femmes dans leur royaume bancal : leur cuisine. La bouilloire toujours prête, la télévision toujours allumée, la fenêtre toujours fermée. Les chamailleries des femmes font rire puis petit à petit on glisse vers un drame poignant ou les rancunes larvées, les secrets de famille remontent à la surface comme du venin. Sophie Parel a désiré un astucieux décor qui donne sa part de réel, tout en gardant sa spécificité théâtrale. La distribution est impeccable. Honneur à cette grande dame, Catherine Salviat. Elle compose cette vielle femme insupportable, que l’on déteste aux premiers abords. L’art de Catherine Salviat est d’arriver à lui donner une petite lueur. Grégori Baquet est comme toujours tellement juste que l’on croit qu’il est irlandais. Arnaud Dupont interprète le frère de Pat, il rêve de partir mais restera toujours là. Ce n’est pas de sa faute si le train part à l’heure de son feuilleton à télé. Et puis il y a Sophie Parel. Elle a mis en scène, veillant à tous les détails, aidant ses interprètes pour créer cette ambiance entre la comédie et le drame. Entre Benny Hill et Beckett, les spectateurs sont cueillis par ce quatuor de choc. Elle est une Maureen flamboyante, attachante et effrayante. Avoir absolument.

La Reine de Beauté de Leenane
Une comédie noire de Martin McDonagh
Traduction de Gildas Bourdet
Mise en scène Sophie Parel
Avec, Catherine Salviat Sociétaire honoraire de la Comédie Française, Grégori Baquet, Arnaud Dupont
Festival Off Avignon 2016
Théâtre des Corps Saints
76, place des Corps Saints
84000 Avignon tél : 04 90 16 07 50 jusqu’au 30 juillet 2016

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