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Critiques / Théâtre

La Pensée de Leonid Andreïev

par Gilles Costaz

Le cheminement mental d’un meurtrier

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C’est un texte du début du siècle dernier que Laurent Terzieff avait contribué à populariser en l’interprétant au théâtre. L’écrivain Leonid Andreiev s’est inspiré d’un fait réel – l’assassinat d’un homme par son meilleur ami dans les années 1900 – et a imaginé ou, du moins, rapporté à sa façon les confessions du meurtrier. Pourquoi ce titre « La Pensée » ? Parce qu’il s’agit d’une pensée, d’un cheminement mental, dont les circonvolutions vont jusqu’à la justification du crime et parce que le coupable lui-même fait l’éloge de l’activité intellectuelle. Pour lui, penser est encore plus beau que d’admirer les paysages ! Ce criminel est un médecin. Il a prémédité son acte et c’est en jouant avec son ami qu’il lui a jeté sur la tête un presse-papier, le tuant sur le coup. Il s’est échappé et s’est réfugié dans un hôtel. Rattrapé, il a aimé la prison qui, pour lui, prête à avoir des réactions inconnues et donc à revivre ! Enfermé, il a espéré qu’on allait inventer une matière explosive qui débarrasserait la terre « de ses faux dieux et de ses hypocrites ». Puis il a été exécuté.

Olivier Werner, que l’on rencontre souvent sur les terrains de la création contemporaine, comme acteur, metteur en scène et animateur de la compagnie Forage, a conçu un triptyque sur le thème de l’enfermement, dont chaque étape est d’abord présentée à la Fabrique MC11, à Montreuil. Après un texte de Denis Kelly, voici le texte d’Andreïev où il assure tout lui-même, jusqu’à une traduction nouvelle. Il a pris le parti d’un extrême dépouillement, jouant seul dans un espace au sol grillagé et aux froides lumières de néon. Il n’y a, dans cette chambre abstraite, qu’un petit lit sur lequel il s’assoit ou autour duquel il tourne, sans précipitation. L’homme que dessine Werner est un personnage quotidien, en chemise grise rayée, pris non pas dans une folie exubérante mais au contraire dans une folie raisonnée. Il n’est pas furieux ou hagard, il est méthodique, sans remords et sans fierté. Parfois il hausse le ton, se fâche, mais très rarement. Il est le plus souvent sans éclats, gris, sûr de sa vérité, de son bon droit et de la qualité du travail accompli. Difficile d’être plus saisissant, sous un glacis de banalité, qu’Olivier Werner. Une réussite à l’habileté invisible, un exploit qui n’a jamais l’apparence d’un tour de force, à mettre au crédit d’un artiste qui compte parmi les aventuriers d’un théâtre toujours renouvelé.

La Pensée de Leonid Andreïev, traduction, conception et interprétation : Olivier Werner, direction d’acteur par Urszula Mikos.

Le Nouveau Ring, Avignon, 12h10

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