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Critiques / Festival / Théâtre

La Mante d’Hugo Paviot

par Gilles Costaz

Un artiste entre l’ombre et la lumière

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Beau titre, donc belle pièce ! La formule n’est pas toujours vraie, mais elle est exacte ici. Il y a bien une mante religieuse et une amante (quelque peu religieuse) dans la nouvelle pièce d’Hugo Paviot, La Mante, qui fait suite aux Culs-de-plomb mais qu’on peut découvrir sans connaître la pièce initiale. Le personnage central est un peintre, mais inséparable d’une amante et d’une mante. Artiste célèbre, sollicité par les plus grands musées, Alex n’a utilisé qu’un seul modèle, Anna, avec qui il entretient une relation ombrageuse et ambiguë. Ils se querellent mais elle laisse passer les orages et ne doute pas que l’oeuvre d’Alex ne peut exister sans elle. Pourtant, Alex la traite parfois plus bas que terre et ne la représente plus que de dos. Il est allé jusqu’à déchirer l’un de « leurs » tableaux en public. Anna l’appelle « mon chéri », lui dit qu’elle l’aime mais lui réserve aussi quelques insultes cinglantes. Leur duo se désaccorde parce qu’Anna est, d’une certaine façon, le double jeune de la mère de l’artiste. Elle est croyante et respectueuse de l’ordre comme cette génitrice qu’Alex exècre et qui l’obsède. C’est la mante qui a disparu et dont il va, plein de remords, rechercher la trace...
On ne peut pas résumer la pièce de Paviot, car sa trame est celle d’un mélodrame. Mais l’écriture est celle d’une tragédie qui se place dans l’ombre de Garcia Lorca et dans l’éclat du grand théâtre espagnol. C’est d’ailleurs à une double tragédie que l’on assiste. La première interroge l’art et les artistes. Que dit un tableau ? A quoi sert l’art ? Quels rapports entretiennent les peintres avec leur temps, avec le pouvoir, avec le public ? La seconde repose sur l’étouffement de l’individu dans une société conservatrice telle que l’Espagne d’il y a quelques décennies dans ses strates catholiques et franquistes. Ce double thème tourne en hélice. Paviot a lui-même mis en scène son texte comme un tableau clair obscur. Il n’y a même plus d’objet ou de lieu. Il n’y que de l’obscurité et de la lumière. Les trois acteurs sont pris par les projecteurs dans des rais latéraux ou des rayons perpendiculaires. C’est l’épure totale ! A l’intérieur de cet éclairage pictural, David Arribe est un magnifique interprète de l’artiste toujours blessé, qui rend coup pour coup à la douleur de la vie et à celle de peindre : il donne une impressionnante intensité à ce personnage de crucifié luttant contre sa crucifixion. Delphine Serina est la muse dans la beauté et la rêverie : elle sait être l’image et la femme qui est l’avers de cette image. Enfin, Paula Brunet Sancho est la mère à l’amour mortifère : elle compose une double représentation du personnage, saisissante dans les deux cas. Tous trois créent une pièce qui parle de l’art à hauteur d’art.

La Mante de et mis en scène par Hugo Paviot, lumières de Jean-Louis Martineau, son de Christine Zef Moreau, costumes d’Adélaïde Gosselin, avec David Arribe, Paula Brunet et Delphine Serina.

Présence Pasteur, Avignon, 10 h 45. Texte aux éditions de l’Amandier.

Photo Xavier Cantat.

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1 Message

  • La Mante d’Hugo Paviot 24 juillet 2016 19:42, par nicole serina

    Magnifique et envoûtante pièce
    D’Hugo Paviot qui nous entraîne sur
    des chemins inattendus !
    Mais quel voyage !
    mené par des comédiens extraordinaires
    David Arribe,Delphine Serina,Paula Brunet Sancho
    qu’on espère revoir très bientôt

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