Accueil > La Fausse Suivante de Marivaux

Critiques / Théâtre

La Fausse Suivante de Marivaux

par Caroline Alexander

Jeux d’argent sans grands sentiments

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est l’une des pièces les plus troubles, pour ne pas dire des plus cyniques, du grand maître des jeux d’amour, de hasard et souvent de nécessité qu’est Marivaux. Une fable où le travestissement sert avant tout à rouler dans la farine celui qui espérait en faire autant sous prétexte de grands sentiments.

Un procédé toujours d’actualité. Que seraient aujourd’hui le libertin fauché, la comtesse enamourée et la parisienne redresseuse de torts déguisée en chevalier ? D’un côté, une sorte de maquereau âpre au gain qui courtise une riche héritière, de l’autre une jeune femme affranchie qui fait le pari de démasquer l’imposteur... Séduction, argent, pouvoir. Nous sommes dans une sorte de jet set du 18ème siècle où seul compte le prix à payer.

Sous des dehors de salon, un jeu formidablement physique

Le verbe est élégant, l’action scélérate. On s’exprime dans une langue de l’esprit, mais ce sont les pulsions du corps qui sont aux commandes
Sous ses dehors de salon, Marivaux confectionne un jeu formidablement physique. C’est le parti pris adopté par Cécile Perrot, metteur en scène et animatrice de la toute jeune compagnie « Comme qui dirait » qui propose une vision d’aujourd’hui de ce jeu de dupes intemporel.

En noir et blanc, comme les cases d’un échiquier, le décor suggère les abords d’un hôtel de luxe flanqué d’un centre de thalasso où se prélassent des oisifs friqués, en peignoirs de bain ou tenue de tennis. On complote, on ment, on joue à qui trompera l’autre. Seule la comtesse est sincère dans sa frivolité. Amoureuse de son premier prétendant, puis tout aussi rapidement éprise du faux chevalier dont la grâce androgyne l’émeut et la trouble.

Tout résonne avec justesse, l’humour s’insinue en strates jaunes et noires

Bien dirigée, cohérente, la troupe joue en franchise, en clarté, en mesures, Anne Charlotte Bory, en garçon manqué déluré, Jacques Chambon, en tireur de ficelles rusé, Thomas Cousseau en Don Juan de plages, Morgane Lombard en amoureuse écervelée... Les comédiens mettent en musique chaque syllabe du texte et le doublent d’une chorégraphie dont la violence naît des nerfs et des muscles. Une partie de badminton rythme des échanges prétendument amoureux. Tout résonne avec justesse et l’humour s’insinue en strates jaunes et noires. Un seul regret : les bandes verticales de néon qui brouillent de temps en temps les éclairages.

A découvrir, à savourer dans un lieu pas comme les autres au cœur de Montreuil.

La fausse suivante de Marivaux, par la compagnie Comme qui dirait, mise en scène Cécile Perrot, scénographie Seymour Laval, avec Anne Charlotte Bory, Thomas Cousseau, Morgane Lombard, Jacques Chambon, Patrick Séguillon, Frédéric Sorba.
Studio Théâtre de Montreuil – jusqu’au 26 janvier 2008 – 0 872 43 89 20

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.