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Critiques / Théâtre

La Collection d’Harold Pinter

par Gilles Costaz

Le va-et-vient d’une énigme

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A l’époque, c’était en 1961, on rentrait chez les gens comme dans un moulin. Ou presque. Les personnages de La Collection vont frapper chez les uns et les autres, dans la soirée, et on leur ouvre la porte. Heureux temps ? Non, tout n’est que mystère et suspicion. L’ère du soupçon est enclenchée, pour longtemps. Un homme, qui vit avec un autre homme, est accusé par un mari jaloux d’avoir passé une nuit avec sa femme. La femme, quant à elle, reçoit la visite de l’amant du jaloux et reste évasive. Ces petits-bourgeois vont régulièrement se faire des reproches une fois la journée de travail terminée. Chacun reste flegmatique, avec l’envie de tuer dans la tête. Mais l’infidélité a-t-elle été commise, ou est-elle imaginaire ? L’affaire ne sera jamais clarifiée. On y perd son latin, son anglais et sa bonne éducation.
Sacré Pinter ! Il entrouvre le mystère de ses personnages et se plaît à vous tendre les clefs, sans jamais vous les donner. Thierry Harcourt, qui est anglophile, anglomane mais pas anglican (quoiqu’en sous-main, il doit bien y avoir quelques règlements de comptes avec le puritanisme), est à l’aise dans ce jeu d’outre-Manche où l’élégance et la perversité s’enlacent en cadence. S’appuyant sur la traduction subtilement sournoise d’Eric Kahane, il place ce va-et-vient d’une énigme toujours instable entre deux domiciles dans un seul lieu, un très beau décor de Marius Strasser qui tient de la gravure ancienne et confère un étrange climat d’estampe d’autrefois. Puis tout n’est que pas, gestes, arrêts de jeu, mots et tonalités feutrés. Chaque interprète a sa façon d’être ouvert et replié sur lui-même. Nicolas Vaude est celui qui a le plus droit à la véhémence ; il est épatant en protestataire guindé et nerveux. Sara Martins cultive le détachement douillet et pensif avec bonheur. Thierry Godard épaissit la quotidienneté au point de la rendre tout à fait étrange. Davy Sardou trace et maquille parfaitement les blessures intérieures. C’est pintérien en diable. Une seule réticence, mais qui n’est pas un obstacle pour tous les spectateurs : va-t-on au théâtre pour un spectacle qui ne dure qu’une heure ?

La Collection d’Harold Pinter, traduction d’Eric Kahane, mise en scène de Thierry Harcourt, assistanat de Stéphanie Froeliger, costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, lumières de Jacques Rouveyrollis, décor de Marius Strasser, musique d’Eric Slabiak, avec Thierry Godard, Sara Martins, Davy Sardou, Nicolas Vaude.

Théâtre de Paris, salle Réjane, 19 h, tél. : 01 42 80 01 81. (Durée : 1 h 05).

Photo Céline Niewzwaner.

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