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Critiques / Théâtre

La Carte de temps d’après Marcel Aymé

par Gilles Costaz

Pour l’amour d’une voleuse

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Il fallait penser à retrouver ce texte oublié de Marcel Aymé et à en faire un spectacle. C’était une bonne idée que Marie-Thérèse Roy, pour l’adaptation, et Véronique Vella, pour la mise en scène, ont concrétisée à l’Essaïon. Sociétaire de la Comédie-Française, Véronique Vella nourrit une passion pour le chant et la musique qui fait d’elle une actrice et un metteur en scène à part. Après la Psyché de Molière qu’elle monta dans la vaste salle Richelieu, elle crée cet objet musical de poche, La Carte de temps,une mini-comédie rythmée par l’alternance des scènes parlées et des chansons et par des respirations orchestrales. D’ailleurs, il n’y a comme élément de décor qu’un piano : c’est dire que la musique passe avant la transposition d’on ne sait quel cadre de vie. Pas besoin de cadre, pour tout dire. L’histoire semble se passer dans la rue, au petit bonheur des rencontres des trois personnages. La belle Iris vit du vol des portefeuilles et des sacs à main. La très jeune Manon accepte les boulots qui passent, même les plus étranges. Jules occupe la fonction de responsable de la sécurité d’une entreprise. Mais, quand on tombe amoureux d’une voleuse, comment rester flic privé en chef ? La vie pourrait continuer dans la douce harmonie des contraires. Mais le pays est en crise (déjà ! l’on est dans les années 50). Pour combattre le chômage, le gouvernement décide de doter chaque citoyen d’une « carte de temps » : on a le droit de travailler un nombre délimité de jours – en gros, une moitié de mois - et, quand on ne travaille pas, on est quasi fossilisé dans les marges et l’on meurt de faim. Malin, notre trio va jongler avec le règlement et bousculer cette organisation du malheur des gens ! Et le représentant de l’ordre perdre ses principes pour conquérir la jolie pickpocket !
L’esprit malicieux de Marcel Aymé, Véronique Vella en trouve la traduction par une mise en scène minimale qui est celle d’un cabaret toujours remuant – l’actrice Delphine Guillaud joue et passe au piano, en assumant sans rupture ce double rôle - et par l’introduction de chansons de Guy Béart. Surtout celle qui sert de morale de l’histoire, Ah ! Quelle journée ! La destinée, à quoi ça tient ? Il y a, dans cette mise en scène, comme un souvenir du cinéma de l’après-guerre : c’est du René Clair et du Prévert en couleur. Raphaëlle Saudinos, en robe à pois noirs, enchante par sa présence tendre et rêveuse de diva de la rue de ces années lointaines. Patrick Chayriguès s’est composé un physique de fonctionnaire jouant au joli cœur et interprète dans l’humeur et l’humour ce personnage d’homme basculant du respect de la loi au respect de l’amour. Delphine Guillaud a l’agilité des elfes. Ils pratiquent en beauté un mélange de rétro et de neuf dont notre droit à la fantaisie a sacrément besoin.

La Carte du temps d’après Marcel Aymé, adaptation de Marie-Thérèse Roy, mise en scène de Véronique Vella, musique de Guy Béart, arrangements de Roger Pouly, création sonore de Jean-Luc Ristord, chorégraphies d’Elliot Jenicot, lumières de Denis Koransky, avec Patrick Chayriguès, Delphine Guillaud, Raphaëlle Saudinos.

Essaïon, 01 42 78 46 42, les lundi et mardi 19 h 30, jusqu’au 15 janvier. (Durée : 1 h 15).

Photo Emilie Brouchon.

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