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Critiques / Opéra & Classique

LES MOUSQUETAIRES AU COUVENT de Louis Varney

par Caroline Alexander

Bonheurs de rires en avant-goût de nostalgies

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Le 1er juillet prochain, Jérôme Deschamps quittera l’Opéra Comique après huit années de dynamiques services, ayant atteint l’âge limite de sa fonction, 65 ans, comme le veut la loi pour les institutions nationales. Il partira mais ne s’arrêtera pas. Adieu ou au-revoir ? Qui sait ? Le patron rend son tablier, le metteur en scène acteur n’a pas dit son dernier mot. Le père des Deschiens a encore plein de laisses à dénouer pour ses toutous.

Son salut de départ lui ressemble : bon enfant, truffé de gags poils à gratter et de plaisanteries loufoques (le Christ qui descend de sa croix pour se ravitailler et se reposer un brin de sa pose…) des acteurs, chanteurs, choristes menés au train des farces et attrapes, le tout au service d’une œuvre à dépoussiérer : Les Mousquetaires au Couvent de Louis Varney (1844-1908) qui n’avait plus connu le plancher de la scène Favart depuis 1992 (avec Gabriel Bacquier !). On s’y moque allègrement des préjugés de l’église, des noblions de cour laissant la part belle au toupet engendré par les sentiments amoureux contrariés. Ainsi le gouverneur de Touraine ne réussira pas à forcer ses jolies nièces à entrer dans les ordres du couvent des Ursulines en dépit des soins, volontairement maladroits du bon abbé Bridaine, chargé de mission. Les mousquetaires amoureux, déguisés en moines, l’emporteront avec leurs belles. Dans le village en liesse, l’amour aura le dernier mot.

Au rythme des cancans

Dès les premières mesures de l’ouverture la musique de Varney danse au rythme des cancans : Offenbach sourit sans doute en coulisses, tout comme Auber ou Lecoq dont Varney se fait l’héritier en osmose. Par l’alternance de mélodies à fredonner aussitôt entendues avec des plages de raffinement souriant, d’inventivité voire d’insolence gaillarde. Tout à la fois opéra-comique (avec dialogues parlés), opéra bouffe, et figure de l’opérette, ses textes originaux (signés Paul Ferrier et Jules Prével d’après une comédie d’Amable de Saint Hilaire et Duport, L’habit ne fait pas le moine ), sont évidemment liés à la sauce de l’actualité de leur temps. Jérôme Deschamps les arrose d’un coup de douche rajeunissant avec des anachronismes farfelus piqués aux langages et faits divers d’aujourd’hui. Jusqu’aux décors de Laurent Peduzzi et les costumes de Vanessa Saninno mêlant les mousquetaires emplumés très XVIIème siècle aux pompiers modernes à la recherche de pompes à incendies 100% contemporaines.

Swing et humour

L’ensemble (créé à Lausanne en 2013) file à un rythme d’enfer enlevé par les chorégraphies très « musical » à l’américaine de Glyslein Lefever, faisant danser choristes et solistes avec swing et humour. En tête d’une distribution en équilibre instable (mais cela correspond à l’esprit du lieu), Franck Leguérinel en abbé Bridaine totalement déjanté et Anne-Catherine Gillet qui ,en servante délurée, éblouit une fois de plus, le corps monté sur ressorts, la voix grimpant aux cimes mine de rien, véritable meneuse de revue. Après l’Etoile de Chabrier et Carmen de Bizet sur cette scène de l’Opéra Comique, les rôles de Despina, Poppea, Susanna, Cendrillon, Manon, la soprano belge – la princesse de Liège selon Nicolas Joël son découvreur à Toulouse, - prouve que rien ne lui résiste. Dans le même registre de l’irrésistible, le baryton Franck Leguérinel joue au ping-pong avec ses graves et s’en donne à cœur joie en transformant l’homme d’église en clown efféminé ahuri. Jérôme Deschamps, en clin d’œil à sa maison, s’est attribué le rôle du gouverneur dont il fait un imbécile heureux, ventripotent, sautillant sous sa fausse bedaine et bégayant ses ordres comme un dogue enrhumé (labellisé Deschiens).

Prestations plus mesurées pour les deux mousquetaires, Sébastien Guèze, timbre de ténor tout frais, en Gontran mordu et pleurnichard consolé par son copain-complice Narcisse auquel Marc Canturri prête sa voix de baryton, son jeu agile et sa barbiche. L’adorée Marie trouve en Anne-Marie Suire, soprano jeune issue de l’Académie de l’Opéra Comique, douceur, charme et innocence, tandis que sa sœur Louise bénéficie de la fermeté et de l’aplomb de la mezzo Antoinette Dennefeld. Doris Lamprecht/Sœur Opportune moustachue joue à merveille de sa fausse autorité et Nicole Monestier recrée la Mère Supérieure en sosie de Michel Fau.

Le chœur Les Cris de Paris passe sans sourciller ni broncher de Bach et Mozart aux frémissements burlesques de l’opérette, l’orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon se laisse emporter par la direction enjouée de Laurent Campellone.

Baisser de rideau durant dix huit mois

La soirée s’achève sur un petit pincement au cœur. La belle maison qui, ces dernières années a fait redécouvrir des œuvres oubliées de Messager, Lecoq, Rabaud, Auber, Hahn, Hérold, Campra, entre autres, va baisser le rideau durant dix-huit mois pour cause de travaux. Mais Olivier Mantei, successeur de Jérôme Deschamps avec lequel il travailla en tandem durant six ans, également co-directeur du Théâtre des Bouffes du Nord, ne baissera pas les bras. Il y aura, c’est promis, une série « d’événements » qui viendront meubler le vide. Encore sous le secret ils seront annoncés en septembre. Ouf !

Les Mousquetaires au Couvent de Louis Vernay, livret de Paul Ferrier et Jules Prével d’après L’habit ne fait pas le moine d’Amable de Saint Hilaire et Paul Duport. Orchestre symphonique l’Opéra de Toulon, direction Laurent Campellone, chœur Les Cis de Paris, chef de chœur Geoffroy Jourdain, mise en scène Jérôme Deschamps, décors Laurent Peduzzi, costumes Vanessa Saninno, lumières Marie-Christine Soma, chorégraphie Glyslein Lefever. Avec Franck Leguérinel, Anne-Catherine Gillet, Jérôme Deschamps, Marc Canturri, Sébastien Guèze, Anne-Marie Suire, Doris Lamprecht, Nicole Monestier, Antoinette Dennefeld, les chanteurs de l’Académie de l’Opéra Comique, les solistes des cris de Paris .

Paris - Opéra Comique les 13, 15, 17, 19 & 23 juin à 20h, le 21 juin à 15h.

0825 01 01 23 – www.opera-comique.com

Photos pierre Grosbois

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