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Critiques / Opéra & Classique

LA CLÉMENCE DE TITUS de Wolfgang Amadeus Mozart

par Caroline Alexander

La belle leçon de mansuétude de Mozart

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Sur la scène du Théâtre des Champs Elysées, l’opéra mal aimé de Mozart, cette Clémence de Titus, ultime opera seria composé durant les derniers mois de sa brève existence, prouve qu’il fait partie intégrante de ses chefs d’œuvre et que sa morale, si l’on peut dire, reflète une fois de plus l’engagement de son humanisme. A Nancy en mai dernier, le metteur en scène anglais John Fulljames en donnait une vision abstraite, intemporelle, impressionnante (voir WT du 2 mai 2014). Denis Podalydès, de retour au TCE après un Don Pasquale de Donizetti signé en 2012 (voir WT 3175 du 17 février 2012), opte pour une situation plus définie dans le temps et au sens politique plus tranché.

L’action se déroule dans le hall et les dépendances d’un grand hôtel étoilé où se glissent sans se bousculer une petite armée d’employés à divers services, bagages, accueil, service de table… Hauts murs de boiseries, embrasure s’ouvrant sur un coin de salle à manger, baies vitrées… L’ambiance, les costumes, situent l’action dans les années trente-quarante. Titus est le monarque d’un siècle encore très proche du nôtre. Mais la tragédie de sa vie a pris ses sources dans des souches lointaines, au théâtre elles ont été chantées en alexandrins sublimes par Racine, et Denis Podalydès qui est homme de théâtre, en fait le rappel avant l’ouverture. Titus doit quitter Bérénice, la seule femme qu’il aime et dont il est aimé. Elle est étrangère, elle n’a pas droit au trône, elle se sacrifie. Elle apparaît sur scène en robe rouge. Elle prononce son dernier adieu. Titus se retrouve seul. Son règne peut commencer tel que le fait démarrer Mozart sur une musique elle aussi sublime.

L’ouverture au monde

Vitellia, fille de l’empereur déchu, attend fébrilement ce moment. La place restée vacante aux côtés de Titus, elle la veut. A tout prix. Réfugié ou en voyage dans ce palace, Titus doit en effet trouver une compagne à asseoir sur son trône. Il choisit un peu au hasard Servilia, la sœur de son meilleur ami Sextus. Vitellia folle de rage fomente un double attentat : Rome doit brûler, Titus doit périr. Elle charge Sextus des deux crimes à commettre. Elle ne sait pas, il ne sait pas que Titus a renoncé à Servilia en apprenant qu’elle aime un autre homme. Les forfaits sont exécutés. Titus en réchappe. Et trouve la force du pardon… Leçon de mansuétude, de compréhension de l’autre, d’ouverture au monde…

Michel Franck, directeur du T.C.E, une fois de plus a convoqué la fine fleur de la Comédie Française pour donner vie à cette tragédie de l’intelligence humaine : Denis Podalydès, le surdoué de la maison et son décorateur Éric Ruf, promu depuis septembre administrateur général de la grande maison de Molière. A leurs côtés revient également le couturier Christian Lacroix pour les costumes.

Osmose parfaite entre personnages et interprètes

Les metteurs en scène de théâtre passés à l’opéra semblent ces temps derniers se diviser en deux catégories. D’un côté, les iconoclastes pour lesquels l’enjeu ne saurait se faire sans une belle dose de provocation – comme le Polonais Warlikowski – et les sages, les respectueux, ceux qui ont davantage à cœur de servir les auteurs et compositeurs plutôt que de s’en servir. Podalydès fait partie de cette deuxième catégorie. Il impose un point de vue cohérent et refuse tout excès. On le regretterait presque dans sa direction d’acteur, certes fine et sensible et la plupart du temps en parfaite osmose entre personnages et interprètes mais d’une courtoisie telle à l’égard de certains chanteurs qu’il les laisse ici ou là exprimer à l’ancienne leurs arias, quasi figés face au public.

Kate Lindsay, Sextus qui touche au coeur

C’est le cas pour Karina Gauvin, soprano canadienne de haut vol dans le répertoire baroque, qui dans cette pose empoigne Mozart au premier acte en faisant grimper aux cimes les aigus de l’hystérie de Vitellia, mais qui, heureusement, trouve peu à peu souplesse de jeu, souplesse de chant jusqu’à la plénitude du final. Si Kate Lindsay, magnifique mezzo- soprano américaine ne fait pas oublier l’incroyable performance du contre-ténor Franco Fagioli à Nancy, elle n’en reste pas moins la vedette incontestée de la production parisienne. La voix chaleureuse, d’ombre légère, le jeu à la fois frémissant et précis, elle incarne un Sextus héroïque qui touche au cœur. Julie Fuchs poursuit la belle lancée de sa carrière de soprano avec une Servilia toute en douceur et pudeur. Impeccables Julie Boulianne/Annius, Robert Gleadow/Publius complètent une distribution où seul le rôle-titre a rencontré des difficultés. Kurt Streit, ténor mozartien reconnu, s’est trouvé parfois à la limite de ses possibilités. Il les contourne, finit par trouver un équilibre qui rend crédible son héros.

Avec son Cercle de l’Harmonie, Jérémie Rohrer retrouve lui aussi sa place dans une fosse où il a déjà subtilement dirigé Mozart dans Idoménée, Cosi fan tutte et Don Giovanni. Comme toujours il allie précision de mathématicien au lyrisme de poète, reliant les passages à la vivacité cadencée aux plages de ralentis qui s’ouvrent sur la méditation.

La Clémence de Titus de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Caterino Mazzola, le Cercle de l’Harmonie direction Jérémie Rohrer, ensemble vocal Aedes, direction Mathieu Romano, mise en scène Denis Podalydès, décors Éric Ruf, costumes Christian Lacroix, chorégraphie Cécile Bon, lumières Stéphanie Daniel. Avec Kurt Streit, Karina Gauvin, Julie Fuchs, Kate Lindsey, Julie Boulianne, Robert Gleadow et la comédienne Leslie Menu.

Théâtre des Champs Elysées, les 10, 12, 14, 16, 18 décembre à 20h

01 49 52 50 50 – www.theatrechampselysees.fr

Photos DR

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