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Critiques / Comédie & Humour / Théâtre

LA 432 par les Chiche Capon

par Gilles Costaz

Une clownerie fracassante

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Les Chiche Capon – quel drôle de nom ! ils nous l’expliqueront peut-être un jour – continuent leur progression remarquée dans la planète de la clownerie moderne. Ils ne ressemblent pas aux clowns classiques, mais ils ont l’aspect déjanté et les dégaines disparates d’amuseurs tels que les Sémianyki - ces clowns russes totalement fous, qui sont d’ailleurs actuellement de retour à Paris, au Palace. Ils pourraient faire penser au redoutable farceur assez obscène qu’est Django Edwards. Et également, dans un passé lointain, aux Marx Brothers qui chantaient, faisaient de la musique et se moquaient de toute morale d’une manière génialement éhontée ! Les Chiche Capon font eux aussi de la musique et leur nouveau spectacle, LA 432, commence par une parodie des chansons sucrées comme il y en a dans le cinéma de Bollywood et d’ailleurs. Ensuite, en cours de route, ils joueront aux rockers hagards et bagarreurs avec des textes de chansons parodiant une certaine bêtise du showbiz, tels que leur « tube », « Maximum, Minimum, Aluminium ».
Ils sont quatre. Un beau blond qui joue les méchants sous une perruque brune, un chanteur de charme un peu enrobé, un longiligne qui joue les timides et les asthmatiques, un petit aux grosses lunettes et à la perruque blonde qui peut le faire passer pour une femme (mais pas longtemps, il révèlera bientôt un braquemart d’un mètre de long). Mais ils sont difficiles à prendre en portrait : ils changent tout le temps, de cheveux, de tenue, de personnalité. Leur spectacle, de la même façon, change de repères. Si l’on y voit des musiciens en délire, tantôt cosmonautes, tantôt pêcheurs, l’on y observe aussi du sexe en érection, du skate, et ces relations de rivalité, de pouvoir, de domination, d’égocentrisme affiché qui sont le matériau (et la profondeur) du clown. Tout cela finit avec un feu qui prend dans les coulisses et menace la scène. Mais l’on en a déjà trop dit sur cette dinguerie qui a les apparences d’une catastrophe incontrôlable, donc admirablement maîtrisée.
Les Chiche Capon nous disent qu’ils proposent « un spectacle intelligent pour les gens qui ne veulent pas réfléchir ». C’est un peu vrai ! On sent, derrière le délire, une pratique et une recherche théâtrales de haut niveau. Ne s’amusent-ils pas à dire qu’ils « se cachent derrière le personnage » ou qu’ils arrêtent de figurer leur personnage ? C’est du théâtre en folie très savant. Ces maîtres d’un rire cassé et fracassant nous font l’effet, extraordinairement bienfaisant, de ce que devaient procurer naguère les cabarets dada ou surréalistes. Attention ! Ils n’hésitent pas à frapper le public. Mais avec des battes en caoutchouc mousse. Nous les avions vus l’an dernier. Nous les avons revus cet hiver. Ils ont fait mûrir leur cocktail de folie douce et de violence dure.

« LA 432 » par les Chiche Capon. Ecrit et interprété par Patrick de Valette, Ricardo Lo Giudice, Matthieu Pillard, Fred Blin. « Chef de chantier » : Karim Ada. « Déco d’intérieur » : Greg Lackovic.

L’Apollo Théâtre 18, rue du faubourg du Temple 75010 Paris, tél. : 01 43 38 23 26, les jeudi et vendredi jusqu’au 31 décembre. Ensuite, en tournée jusqu’en juin (Durée : 1 h 20). Les dimanches 13, 20 et 27 décembre, à 18 h, les Chiche Capon donneront leur spectacle précédent, Gogerty.

Photo Martyna Pawlak

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