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Critiques / Opéra & Classique

L’occasion fait la réussite

par Christian Wasselin

Avec L’occasione fa il ladro au Théâtre des Champs-Élysées, Enrique Mazzola poursuit son périple rossinien et continue de nous enchanter.

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Tout commence par une plaisanterie. Alors que l’orchestre est en place, Enrique Mazzola arrive sur scène en traînant après lui une valise (à roulettes). Il l’ouvre et y trouve une partition et sa baguette de chef. Le concert peut commencer. Au milieu de l’ouverture, voici que le claveciniste se protège d’un parapluie, cependant que les chanteurs, au fond de la scène, courent se protéger eux aussi de la tempête. C’est que l’action de L’occasione fa il ladro (L’occasion fait le larron) commence au milieu du vent et de la pluie. Voici d’ailleurs les protagonistes, Don Parmenione et le comte Alberto, arriver tour à tour dans l’auberge pour s’abriter. Eux aussi ont une valise. On se présente : Alberto doit se marier, mais de sa fiancée il ne connaît que le portrait, qui est dans sa valise. La tempête se calme, Alberto part le premier. Mais avec la valise de Parmenione ! Martino, valet de ce dernier, l’encourage à profiter de la situation et à usurper l’identité d’Alberto : n’y a-t-il pas aussi dans la valise l’argent et les papiers du comte ?

Identités aléatoires, travestissements, quiproquos : l’opéra de Rossini est une pochade autant qu’une burletta ou une farsetta. Car la musique ici transcende tout. Ce n’est pas la musique d’une farce, c’est la musique d’un opéra court mais déjà accompli, avec des bois à la fête, des cordes qui étincellent, une imagination de chaque instant. Rossini a vingt ans (nous sommes en 1812) mais il est déjà tout entier : dans le quintette, dans les airs élégiaques d’Alberto, dans le lyrisme de Berenice, dans la virtuosité parodique de Parmenione qui n’est pas sans parenté avec celle de Mustafa dans L’Italiana in Algeri.

Une partition comme un coup de vent

On a cité les valises et les parapluies : ces jeux de scène suffisent. Ils sont dans l’esprit de Rossini, comme si un opéra venait perturber le sage ordonnancement de l’orchestre et l’exhortait à la folie. Nul besoin d’un décor envahissant ou d’une mise en scène laborieuse ou redondante, ou d’une relecture plus ou moins radicale.

L’Orchestre national d’Île-de-France est donc le héros de la soirée : il crépite sous la baguette sympathique (au sens fort du terme) d’Enrique Mazzola. Les solistes jouent le jeu sans manières : Bruno Taddia (Parmenione) est le plus irrésistible de tous par la faconde, la présence, le jeu avec la musique. Yije Shi se sort des pièges techniques semés par Rossini dans le rôle d’Alberto, mais sa prestation reste au premier degré. Il manque de cet humour qu’ont tous les autres, notamment Désirée Rancatore, qu’on a connue en meilleure forme mais qui réussit à conjuguer la parodie et l’effusion.

Ce concert vient au terme d’un long cycle consacré à Rossini par le Théâtre des Champs-Élysées, où l’on a pu notamment entendre Otello, Semiramide, L’Italiana in Algeri, Guillaume Tell et, sous la direction d’Enrique Mazzola, La scala di seta. Rien n’est plus drôle que l’esprit aristocratique qui se rit de lui-même.

Illustration : scène de la comédie italienne par Georg Balthasar Probst d’après Johann Jacob Schuebler (Creative commons/dr)

Rossini : L’occasione fa il ladro. Bruno Taddia (Parmenione), Umberto Chiummo (Martino), Yije shi (Alberto), Désirée Rancatore (Berenice), Sophie Pondjiclis (Ernestina), Krystian Adam (Eusebio) ; Orchestre national d’Île-de-France, dir. Enrique Mazzola. Théâtre des Champs-Élysées, 13 février 2015.

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