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Critiques / Opéra & Classique

Semiramide aux Champs-Élysées

par Christian Wasselin

Evelino Pido sculpte avec vigueur et finesse l’opéra seria monumental de Rossini.

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L’éclat des opéras buffa que nous a laissés Rossini (Il barbiere di Siviglia, l’irrésistible Italiana in Algeri) ne doit pas nous faire oublier que le compositeur italien a illustré abondamment le style seria. C’est avec le splendide Tancredi en effet, dès 1813, qu’il inaugura sa contribution au genre (en savoir plus) ; dix ans plus tard, avant de s’installer à Paris, il faisait entendre à la Fenice de Venise une autre partition tout aussi développée, d’une orchestration plus riche encore, mais peut-être moins émouvante, moins mystérieusement frémissante, qui a pour titre Semiramide.

Car Semiramide, avec sa ville de Babylone, son temple de Baal, ses chœurs péremptoires, a tout d’un monument. L’intrigue n’est pas sans rapport avec celle d’Hamlet ou d’Elektra, elle parle de trahison, de vengeance et d’inceste, mais elle reprend aussi une donnée dramatique qui était l’enjeu de Tancredi, déjà : le jeune guerrier revenant dans sa ville et précipitant le désordre latent dans lequel elle est plongée.

Pour faire justice à pareil ouvrage, il faut bien sûr réunir une équipe de chanteurs aguerris à la technique du bel canto, sachant que la virtuosité chez Rossini n’est jamais vaine décoration mais euphorie profonde ; l’art chez lui a quelque chose de l’enivrement, on est ici très loin des théories qui, de Gluck à Wagner en passant par Beaumarchais, prônent l’asservissement de la musique au drame. Dans Tancredi (décidément !), la saison dernière, Marie-Nicole Lemieux et Patrizia Ciofi avaient atteint cette euphorie et nous l’avaient communiquée.

Le genre seria et ses métamorphoses

Avec Ruxandra Donose et surtout Elena Mosuc, on est un degré au-dessous : les voix sont moins belles, l’aisance va moins de soi, l’une et l’autre ont un bas-médium assez peu sonore, mais aucune n’escamote les difficultés et chacune nous rappelle que les duos qui réunissent Arsace et Semiramide comptent parmi les pages les plus sensuelles de la partition. Car s’il est question ici d’opéra seria, le genre a beaucoup évolué depuis Alessandro Scarlatti et Haendel : à une suite d’airs réunis par un recitativo secco se substitue désormais un ensemble d’airs, bien sûr, mais aussi d’ensembles, de chœurs, d’épisodes instrumentaux, avec un récitatif richement accompagné par l’orchestre et bien sûr un premier acte s’achevant sur un de ces ensembles fastueusement développés dont Rossini a le secret et qui disent le trouble atteint par l’ensemble des protagonistes.

Côtés voix masculines, on atteint presque à l’idéal avec l’Assur mordant de Michele Pertusi, cependant que Patrick Belleire confère une belle autorité au rôle du prêtre Oroe. On fera une mention particulière à John Osborne, qui affronte le rôle du jeune prince indien Idreno avec vaillance et de belles couleurs, malgré quelques échappées dans l’aigu un peu arrachées. Voilà un ténor qui nous console des prestations d’un Antonino Siracusa qu’on a un peu trop entendu ces derniers mois à Paris.

On aime le son du cor

C’est l’orchestre (celui de l’Opéra de Lyon) qui nous réjouit le plus, avec ses très belles sonorités de cor (dès l’ouverture), ses bois volubiles, ses contrebasses caverneuses quand il le faut, avec aussi l’entrain de ses cordes et le relief de ses percussions. Nous nous sommes habitués, ces dernières décennies, à écouter les ouvrages du début du XIXe siècle avec des effectifs constitués d’instruments historiques, mais lorsqu’une formation conventionnelle s’attaque à Rossini avec une telle verve, on ne saurait bouder son plaisir. Le mérite en revient bien sûr aussi à Evelino Pido, qui connaît très bien ce répertoire et nous livre une belle leçon de crescendo mais aussi d’animation dans les récitatifs. Et sait aussi donner au choeur de la chaleur et de l’homogénéité.

On déplorera seulement la propension du public à applaudir à tort et à travers (qu’on crie bravo après un air, soit, mais non pas en plein milieu d’un ensemble !), et à ne pas se concentrer sur l’essentiel. Et puis, quelle justice à huer un chef alors qu’on l’a dix fois brisé dans son élan au cours de la soirée ?

photo : Evelino Pido (dr)

Rossini : Semiramide. Elena Mosuc (Semiramide), Ruxandra Donose (Arsace), Michele Pertusi (Assur), John Osborn (Idreno), Anna Pennisi (Azema), Patrick Bolleire (Oroe), Yannick Berne (Mitrane), Paolo Stupenengo (L’ombre de Nino) ; Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Lyon, dir. Evelino Pido. Théâtre des Champs-Élysées, 23 novembre 2004.

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