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Critiques / Opéra & Classique

L’île du rêve de Reynaldo Hahn

par Caroline Alexander

Une œuvre de prime jeunesse, un talent en gestation

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On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans pensait Rimbaud. Reynaldo Hahn (1874-1947) l’était pourtant quand, à cet âge réputé immature, il composa son premier opéra. Une curiosité, un talent en gestation à découvrir où dès les premiers accords on devine la filiation qui relie l’élève, apprenti compositeur à son professeur et maître Jules Massenet (1842-1912). Dont il hérita, entre autres pratiques, d’un certain goût pour l’exotisme, tel que Massenet l’avait notamment exprimé dans son opéra Thaïs.

Sans toutefois lui emprunter la mystique de la foi. C’est dans l’œuvre et même la vie de Pierre Loti que le jeune vénézuélien, étudiant du Conservatoire de Paris, puisa le sujet de son Ile du Rêve. Loti, ex-Julien Viaud, enseigne de vaisseau, avait placé son deuxième roman, Le Mariage de Loti, à Tahiti en Polynésie. Une histoire d’amour tropicale en partie autobiographique d’où il tira son nom de plume.
L’extase amoureuse en terre lointaine, en escale d’une vie, une parenthèse pour l’homme qui ne fait que passer, la fin du bonheur de vivre pour la femme. Mort de l’amour. Renoncement. Il y a un petit quelque chose de Butterfly dans leur idylle éphémère. Le tout jeune Reynaldo Hahn a étudié les musiques de son temps, et celles qui les ont précédées. Elles hantent – Mozart en tête - ce tout premier opus lyrique de celui qui deviendra l’un des compositeurs les plus éclectiques, et annoncent déjà, en quelques notes de flûtes ou de cor, la légèreté de ses futurs succès comme Ciboulette. Son rêve d’île, ses passions, ses caresses, son folklore naïf, sa nostalgie de contes furent créés à l’Opéra Comique en 1898, puis, hormis deux rares résurrections scéniques, tombèrent dans l’oubli.


Le jeune maestro Julien Masmondet dirige depuis une dizaine d’années le festival Musiques au Pays de Pierre Loti. Qu’il ait eu l’envie de faire revivre cette œuvre qui en reflète le thème, l’axe moteur semble évident. Secondé par Thibault Perrine qui lui concocta une réduction orchestrale pour douze instrumentistes (cinq cordes, cinq vents, harpe et percussion) et par la réalisation en courtes scènes d’Olivier Dhénin, il réussit à en tirer un spectacle de charme passéiste que la troupe de jeunes chanteurs a vaillamment soutenu (malgré des costumes maladroits, surtout ceux des filles). Le spectacle fut créé en mai dernier au Théâtre de la Coupe d’Or de Rochefort en coproduction avec le Théâtre de l’Athénée de Paris où il tient l’affiche en ce début décembre.

Enguerrand de Hys enfile la dégaine, les soupirs et les questionnements de Loti, l’amant qui sait qu’il devra quitter le paradis de son île, le corps et le cœur de la femme qu’il y a aimée. La voix est claire et nette tout comme sa diction impeccable, la production étant sans sur-titrages, l’atout est de prix. Marion Tassou est Mahénu, l’élue, l’amoureuse sacrifiée. Timbre charnu, fruité, et total investissement dans le personnage au destin dévié. Eléonore Pancrazi prête son beau timbre de mezzo à deux personnages, Safir Behloul et Ronan Debois complètent sans faux pas la distribution. Tout comme les choristes de l’Ensemble vocal Dyonisos. A la tête de son orchestre du Festival de Musiques au pays de Pierre Loti, Julien Masmondet fait résonner le kaléidoscope sonore du jeune Reynaldo Hahn entre tensions et évasions.

L’Ile du Rêve de Reynaldo Hahn, livret André Alexandre et Georges Hartmann d’après Pierre Loti. Orchestre du Festival Musiques au pays de Pierre Loti, direction Julien Masmondet, mise en scène, scénographie, costumes Olivier Dhénin, lumières Anne Terrasse. Avec Marion Tassou, Enguerrand de Hys, Eléonore Pancrazi, Safir Behloul, Ronan Debois et l’ensemble vocal Dyonisos.

Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, les 6, 7, 9 & 10 décembre à20h, le 11 à 16h
01 53 05 19 19 – www.athenee-theatre.com

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