Les 4 5 | 7 8 9 10 juillet, 11h, au Festival d’Avignon In, à La Fabrica.
L’hors-présence ou Chimères du pays de Morsan, texte et mise en scène de Tiphaine Raffier.
Exploration des liens obscurs avec la perte et la vulnérabilité.

Écrit et mis en scène par Tiphaine Raffier, ce huis clos concerne une famille en crise qui s’efforce de garder le contrôle à l’approche de la mort de l’un des siens. Une création à la frontière du conte et du thriller psychologique sur la fin de vie. Progressivement, la mort annoncée met à nu les failles, les peurs. Le public assiste à un naufrage collectif face à l’imminence de la disparition.
Une maison dans la campagne, à l’intérieur plutôt agréable et dont les baies vitrées donnent un accès direct au regard du public, en position de voyeur. Des caméras diverses filment en même temps certaines scènes à deux ou à trois personnages, tandis que l’intérieur offre une vison d’ensemble élargie. Edith Mérieau incarne la malade et la mourante, présence digne et entière.
L’atmosphère est tendue et électrique, les deux frères et la soeur de Laure sont venues précipitamment la rejoindre pour ses derniers jours. La situation est d’une intensité grave puisque la mort sororale prochaine est annoncée. Tous, fébriles et nerveux - « c’est naturel… »-, sont saisis par la douleur.
Catherine Mestoussis est la soeur à connotation maternelle, envahissante, inquiète et voulant tout assurer dans la précipitation. Thomas Gonzalez est Sven, le frère intuitif sur le-qui-vive, voulant bien faire, s’imposant en référent sensible et agacé ou bougon. Quant à Adrien Rouyard, il est le jeune frère obstiné, sceptique, libre, qui ne veut en rien être gouverné par ses aînés.
Soit des relations familiales classiques, de rivalité et de jalousie face à la reconnaissance de la qualité des sentiments de chacun face à Laure.
Le huis-clos familial réaliste est incarné avec force par les colères emportées des frères et de la soeur qui ne veulent pas qu’on leur marche sur les pieds.
Une figure extérieure familière pénètre pourtant les lieux, « l’homme à la tronçonneuse », homme de mains qui bricole, fait des trous et récupère des morceaux de béton, traces de l’architecture contemporaine de notre temps. Celui-ci - Teddy Chawa - est d’allure paisible et noue avec Laure des affinités, dont l’intérêt commun pour les fossiles qu’elle apprécie particulièrement.
Viennent également de l’extérieur le médecin - Thierry Paret qui joue aussi le joueur de flûte, amoureux de longue date de Laure -, et l’infirmière qui assure l’hospitalisation à domicile - Paula Luna. On aurait pu croire qu’il y ait d’un côté les bons, et de l’autre les méchants, quant à leur attachement à la fin de vie assistée, mais tel n’est pas le cas, Tiphaine Raffier, documentée et inspirée par Robert William Higgins, psychanalyste, consultant et enseignant en soins palliatifs, est nuancée dans son propos : « ce mouvement d’exclusion du mourant n’est pas de la malveillance. C’est systémique. Le produit d’une société qui a appris à gérer la mort plutôt qu’à l’habiter ».
Il faut évoquer l’importance de la littérature dans la famille ; certes Laure, enseignante, se souvient d’une dissertation d’élève sur le poème de Rimbaud Le Dormeur du val. Sven de son côté, lit régulièrement à Laure un passage de La Montagne magique de Thomas Mann qu’il répudiera à la fin, et Simon lit quant à lui des passages de L’Antéchrist au coeur de nos villages, sur les croyances rurales et La Fontaine des lunatiques d’André de Richaud, qui a inspiré ce spectacle de Tiphaine Raffier, L’Hors-Présence. L’intérêt culturel et littéraire imprègne la pièce.
Laure, éblouissante de lumière, surgit dans une scène qui décrit son état réel quand elle apprend que la maladie est irréversible. On la voit parlant également avec une voisine, juge d’origine italienne qui la « surveille ». Et de parler de l’Antiquité, Jupiter et Junon, Io et Argos… Laure se métamorphose, devient chimère, telle la sculpture ornant la fontaine du pays de Morsan, contrée de croyances - peurs et liens obscurs avec la perte, la vulnérabilité.
Regard acéré explorant la mort énigmatique, ce à quoi on ne se prépare pas.
L’hors-présence ou Chimères du pays de Morsan, texte et mise en scène de Tiphaine Raffier. Avec Emma Bolcato, Teddy Chawa, Thomas Gonzalez, Paula Luna, Édith Mérieau, Catherine Mestoussis, Thierry Paret, Adrien Rouyard, dramaturgie Lucas Samain, assistanat à la mise en scène Mathilde Saillant, scénographie Hélène Jourdan, lumière Kelig Le Bars, vidéo Vincent Pinckaers, cadrage Raphaël Oriol, son Hugo Hamman, musique Sylvain Jacques, costumes Caroline Tavernier, assistée de Paloma Donnini, maquillage et perruques Judith Scotto. Les 4 5 | 7 8 9 10 juillet, 11h, au Festival d’Avignon In, à La Fabrica. Du 23 septembre au 10 octobre 2026, au Théâtre Nanterre-Amandiers. Le 14 octobre 2026 L’Équinoxe Scène Nationale Châteauroux. Du 3 au 5 novembre 2026 Comédie de Saint-Etienne. Les 17 et 18 novembre 2026 Comédie de Clermont Scène Nationale. Les 25 et 26 novembre 2026 Comédie de Valence CDN. Du 1er au 5 décembre 2026 TNP Villeurbanne.
Les 8, 9 et 10 décembre 2026 Nouveau Théâtre Besançon.
Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.



