Du 4 au 25 juillet 2026 - Festival Avignon Off -, à 18h20, à Présence Pasteur (relâches les 9, 16 et 23 juillet), 13 rue du Pont Trouca.
L’amour après, d’après Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon (éditions Grasset), adaptation et mise en scène Laure Werckmann.
Au-delà des épreuves racontées, un inaliénable goût de vivre à transmettre.

La metteuse en scène et comédienne Laure Werckmann - et sa compagnie Lucie Warrant - a créé Les Héroïnes de la Métamorphose, des portraits de femmes, des « battantes », reconstruites après l’épreuve. Soit quatre spectacles indépendants – J’aime, Renaître, Croire aux fauves et L’amour après -, en écho dans un bel éclairage de paroles libres. Nous avons traité sur ce blog de l’excellent spectacle Croire aux fauves. Voici L’amour après.
Née à Rozenberg en 1928 à Épinal et morte en 2018 à Paris, Marceline Loridan-Ivens est une scénariste, actrice, activiste et réalisatrice française. En février 1944, déportée avec son père à Drancy, puis dans le camp de Auschwitz-Birkenau, elle est libérée en mai 1945, après avoir été transférée dans deux autres camps : elle ne retrouve pas son père mort à Auschwitz.
Marceline Loridan-Ivens écrit L’amour après à la fin de sa vie, récit publié en 2018. Trois ans avant, elle signe un ouvrage à Jérusalem, et perdant la vue, elle veut en finir. De retour à Paris, la vue recouvrée, elle relit les lettres d’amies, maris, amants d’une valise fermée. Ses souvenirs mis en éveil, elle écrit un nouveau pan de son récit de rescapée, éludant le suicide.
Le passé, le présent et le futur coexistent car l’expérience du camp happe tout. Au fil des retrouvailles et des lettres, l’auteure chemine sur un sentier paisible de consolation, ne perdant pas de vue ni celle qu’elle a été ni celle qu’elle est à présent : une existence libérée des conventions, honorant la vie.
« (…) Je sais ce qu’elle (cette jeune femme) ne dit pas, (…), je sais qu’elle vit comme si elle allait mourir demain, que tous les jours qui passent ne sont pas la vie, mais du rab qu’on lui a laissé et qu’elle n’a pas le droit de gâcher. »
Sur la scène, l’adaptation théâtrale s’articule autour de l’oralité – la diffusion dans le noir d’un fragment d’entretiens des Mémoires de la Shoah produit par l’INA, les témoignages de l’héroïne, livres et entretiens, et ceux des autres qu’elle interpelle, questionne dans ses réalisations documentaires.
Laure Werckmann place la protagoniste en alerte sur la scène, vivant et revivant par les mots. Mireille Roussel compose une silhouette de femme jeune ou plus âgée, pleine de vérité, dévoilant les amitiés et les amours successives de l’activiste : entre autres, le lien avec le réalisateur néerlandais Joris Ivens, avec lequel elle a voyagé, Cuba, la Chine Populaire, le Laos, le Cambodge, le Vietnam.., pour des films documentaires à réaliser, engagée pour l’humanité.
Amie de Simone Veil, Marceline fait un discours lors des funérailles de la grande dame : elles sont soeurs dans l’épreuve et admiratives l’une de l’autre. Or, Laure n’oublie ni BB ni Caramel, filles un peu perdues, côtoyées dans sa jeunesse égarée. La mémoire témoigne du choix d’une vie non bourgeoise.
Evoluant dans l’ombre et l’absence de jour d’un abîme infernal de triste mémoire, l’interprète, telle une artiste de cabaret se préparant près de sa coiffeuse ornée d’une guirlande de lumières, incarne sur le plateau toutes les situations, faisant retour sur ses points de vue passés ou actuels, dans une volonté décidée de clarté et d’élucidation, ne regrettant rien, disant tout.
La parole que porte avec talent, calme et sérénité, Mireille Roussel, est libre : mieux, elle dessine un geste existentiel tendu aux jeunes générations, les enjoignant à répondre instinctivement au désir d’aimer, au goût de la vie, quelles que soient les épreuves inconcevables subies, celle d’avoir été humiliée par l’impudeur, la cruauté, la bestialité des camps.
L’amour après, d’après Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon (éditions Grasset), adaptation et mise en scène Laure Werckmann, jeu Mireille Roussel, masques et prothèse Cécile Kreitschmar, lumière Philippe Berthomé, scénographie Angéline Croissant, musique Olivier Mellano, costumes Benjamin Moreau, Clémence Delille (4ème portrait de la tétralogie Les Héroïnes de la Métamorphose). Du 4 au 25 juillet 2026 - Festival Avignon Off -, à 18h20, à Présence Pasteur (relâches les 9, 16 et 23 juillet), 13 rue du Pont Trouca.
Crédit photo : Adrien Berthet.



