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Critiques / Théâtre

L’Univers démasqué... ou presque de Bénédicte Mayer

par Gilles Costaz

Big bang chez Magritte

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Désormais orienté vers la science par sa directrice Elisabeth Bouchaud, le théâtre de la Reine blanche présente, parmi ses différents spectacles, une pièce tout à fait insolite qui trace une passerelle entre l’art et la recherche scientifique. Bénédicte Mayer imagine la rencontre de deux grandes personnalités : le peintre surréaliste René Magritte et l’inventeur de la théorie du Big Bang, Georges Lemaître (un oublié, auquel on doit une explication du monde adoptée par le monde entier). Ce Lemaître est, comme Magritte, de nationalité belge et avait la particularité d’être ecclésiastique ; c’était un curé cosmologiste. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés mais, par la grâce de Bénédicte Mayer, c’est fait, d’une manière romanesque. On sonne un jour à la porte de Magritte, à Bruxelles. Entre un prêtre en soutane qui demande à l’artiste de lui faire son portrait. Magritte mettrait bien cet intrus dehors, mais celui-ci tient des propos tout à fait intéressants. Il parle de l’atome, des mystères de l’univers et de l’être humain, d’un monde toujours en expansion. Magritte et sa femme Georgette en sont surpris et même changés. Magritte refuse de faire le portrait, il ne veut pas s’exprimer par le réalisme, l’apparence première (qui sont aussi la bête noire du visiteur) et il se décide à le figurer en … pomme. Les deux hommes se revoient et se rejoignent dans une fête de l’esprit où s’ouvrent les portes de la cosmogonie et de la philosophie moderne.
C’est une fantaisie grave qu’a écrite Bénédicte Mayer. On n’y a pas peur de la théorie, de la formule eschatologique ! Mais on n’y perd pas le sens de l’humour, dans la foulée de Magritte qui jouait avec les formes mais aussi avec les mots (« Ceci n’est pas une pipe »). L’idée est originale et le texte savoureux dans sa façon partageuse de traiter de thèmes difficiles et d’inventer des situations incongrues. La mise en scène de Stéphanie Lanier s’amuse avec bonheur à introduire des distorsions esthétiques, des changements chromatiques et des gags culturels autour de personnages saisis par le sérieux de leurs dires et sans cesse caressés par la circulation des facéties. Alain Dumas est un Magritte fort plaisant, en qui la vie bourgeoise est sans cesse traversée par l’interrogation profonde et le goût de saisir le sel de toute chose en tout instant. Aussi habilement, Régis Santon fait de ce curé Lemaître un personnage à la présence abrupte, bourru et attachant, accaparé par ses passions, absent et présent, opaque et clair à la fois. Les deux comédiens réussissent à créer deux êtres qui vivent dans des deux planètes différentes et se rencontrent néanmoins. L’auteur, Bénédicte Mayer, s’est réservé le rôle modeste de la femme de Magritte, Georgette, et introduit subtilement les notes de quotidien qui contrebalancent la nature aérienne de ce duel au sommet. Un régal d’intelligence.

L’Univers démasqué… ou presque de Bénédicte Mayer, mise en scène et scénographie de Stéphanie Lanier, décor de Nicolas Thers, lumière de Nicolas Simonin, musique d’Olivier Gavignaud, avec Alain Dumas, Bénédicte Mayer et Régis Santon.

Théâtre de la Reine blanche, les mercredi et vendredi à 21 h, tél. : 01 40 05 06 96, jusqu’au 6 décembre. (Durée : 1 h).

Photo Mélaine.

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