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Critiques / Théâtre

L’Ouest solitaire de Martin McDonagh

par Gilles Costaz

L’humour des tavernes

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C’est l’histoire de deux crapules comme on en trouve plus facilement dans la bande dessinée et le cinéma de série B : deux frères qui ne se supportent pas, dont le père vient de mourir (et il n’est pas mort de mort naturelle ! ) et dont la nouvelle vie sans l’autorité paternelle exacerbe la rivalité. Cela ne se passe pas à Chicago ou à Palerme, mais dans l’une des campagnes les plus reculées du monde et dans le climat mental le plus proche de la débilité. Donc dans un village en Irlande ! Pour ces deux foutriquets il n’y a guère que l’autorité de l’Eglise qui pourrait passer pour respectable, mais le curé est d’une faiblesse insigne, il a commis tous les péchés et n’est pas capable de remettre la moindre ouaille dans le droit chemin. Quant à la fille qui passe par là et vend de l’alcool illégal, elle n’inspire pas des fantasmes très racontables aux deux paumés. Cet univers à l’humour énorme (ou « hénaurme », si l’on préfère), au rire de taverne enfumée, est celui de l’auteur anglo-irlandais Martin McDonagh dont, naguère, Gildas Bourdet avait révélé La Reine de beauté de Leenane et qui, avec le seul film qu’il a réalisé jusqu’à maintenant, Bons Baisers de Bruges, avait fait un succès remarqué.
Le rire de McDonagh, c’est le rire du civilisé qui rit, comme au pub, des pires histoires et montre, en accumulant les détails horrifiques, que l’homme ne vaut pas cher et qu’il vaudrait mieux ne pas se voiler la face devant l’imbécillité humaine. Dans l’adaptation croustillante et la mise en scène implacable de Ladislas Chollat, appuyée sur un beau décor mobile d’Emmanuelle Roy, l’affaire est bien menée. Un peu irrespirable pour les délicats. Grisante comme du whisky de contrebande pour les autres. Ce n’est pas léger (et ça ne veut pas l’être), mais il y a des scènes irrésistibles comme celle où les deux coquins se confessent leurs mauvaises actions, soi-disant pour être en paix avec leur conscience mais en réalité pour disputer un concours d’ignominies. Si Elsa Rozenknop et Pierre Berriau savent trouver un jeu rude et doux à la fois, l’intérêt premier de la soirée est dans la performance des deux comédiens principaux : Bruno Solo accomplit une transformation étonnante, jamais appuyée, faite touche après touche. Dominique Pinon est le grand acteur qu’on connaît, au jeu voluptueusement diabolique dans le style « affreux, bête et méchant ». Humour des tavernes, humour des cavernes aussi !

L’Ouest solitaire de Martin McDonagh, adaptation et mise en scène de Ladislas Chollat, décors d’Emmanuelle Roy, lumières d’Alban Sauvé, costumes de Christine Chollat et Doby Broda, musiques de Frédéric Novel, maquillages et effets spéciaux de Magali Ohlmann, avec Dominique Pinon, Buno Solo, Elsa Rozenknop, Pierre Berriau. Théâtre Marigny (salle Popesco), tél. : 0 892 222 333. (Durée : 1 h 50). Texte à L’Avant-Scène Théâtre.

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