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Critiques / Opéra & Classique

L’Opera Seria de Florian Léopold Gassmann

par Caroline Alexander

Les vannes hilarantes d’une satire musicale du 18ème siècle qui n’a pas vieilli

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A Nantes, le 27ème festival Printemps des Arts s’est achevé sur un éclat de rire baroque : L’Opera Seria de Florian Gassmann a mis en gaieté l’abbatiale de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu dans la mise en boîte – pardon, en scène –de Benoît Bénichou.

Qui connaît encore Florian Leopold Gassmann, compositeur né en Autriche en 1729, admiré de Mozart, auteur d’une série d’opéras de commande destinés au carnaval de Venise ? Oublié, enterré des mémoires comme nombre de ses contemporains passés à la trappe… De temps en temps, l’une de ces célébrités d’antan refait surface et l’on se demande, pour certains, par quelle aberration amnésique on a pu les ranger dans les oubliettes. Il y a quelques années – en 2003 -, René Jacobs, chineur passionné du répertoire baroque, ressuscita le chef d’oeuvre d’humour grinçant de ce Gassmann qui aimait tant rire et se moquer. Son Opera Seria, satire mordante du monde de la musique fut ainsi recréé au Théâtre des Champs Elysées dans une mise en scène de Jean-Louis Martinoty, puis fut même enregistré. Dans la foulée aux Pays-Bas, Laurence Dale fit la même démarche, et dans son hilarante production on pouvait remarquer un jeune ténor farfelu jouant et chantant le rôle du jeune premier Ritornello : Benoît Bénichou, récemment converti à la mise en scène. Sa première réalisation à Nancy, avec le couplé Ravel/Bernstein, fut un beau succès (voir webthea du 22 mars 2010).

Via le NEO – New European Opera, association animée par Jérémie Lesage -, c’est à Benoît Bénichou que le Printemps des Arts de Nantes confia la réalisation d’une nouvelle mouture de cet Opera Seria retrouvé. Une opération conçue à l’échelle de ses jeunes chanteurs et à celle des jeunes instrumentistes de l’ensemble Europa Barocca, jouant sur instruments anciens sous la direction précise et enjouée d’un Raphaël Pichon tout juste âgé de 25 ans.

Satire et peaux de bananes

A l’insolence de la musique de Gassmann qui saupoudre sa partition de citations, à la causticité de son livret signé Calzabigi (1714-1795) d’après un pamphlet roulant dans la farine les mœurs théâtrales de l’époque – le Théâtre à la mode de Benedetto Marcello, répondent les facéties d’une réalisation où les gags rivalisent avec les anachronismes les plus farfelus.

La satire met en présence et en querelles Sospiro, le compositeur qui se veut plus important que Delirio, son librettiste, tandis que Faillito, leur impresario ruiné, s’arrache les cheveux et les poils de sa barbe. Les chanteurs et chanteuses, Ritornella, Stonatrilla, Porporina, Smorfiosa jouent à qui mettra des peaux de bananes sous les pieds de l’autre, leurs mères se crêpent les chignons, le chorégraphe Passagello en perd ses pointes…Bref la marmite bout d’embrouilles qui claquent et dérapent en musique et vilains mots. Les décors et costumes de Christine Nicod sont fabriqués avec trois fois rien, quelques panneaux à usages multiples, un fond de scène pop art –clin d’œil à West Side Story - des fringues piquées au marché aux puces et aux boutiques pour déguisements de carnaval.

Mères poules caquetantes

Invités surprise sortis du chapeau de Benoît Bénichou : Cecilia Bartoli et Roberto Alagna ont présentés leurs excuses pour défection de dernière minute et se sont faits remplacés par quelques jolis talents, affirmés ou en devenir. Les sopranos françaises Chantal Santon, prima donna gobeuse de Nutella, Dorothée Lorthiois, en savoureuse « mijaurée », la Japonaise Mayuko Yasuda, pointue de voix et de jeu, le ténor portugais Fernando Guimaraes en compositeur, le baryton roumain Cozmin Sime en librettiste, et Diogo Oliveira, baryton portugais, formidable d’aplomb dans le rôle de l’imprésario producteur. Rodrigo Ferreira, contre ténor brésilien, jolie gueule, joli timbre mais encore chiche de projection, et les trois contre ténors Claudio Girard, le Français, Michal Czerniawski, le Polonais, Jake Arditti, le Britannique, en trois mères poules caquetantes qui doivent attendre le dernier acte pour se déchaîner en trilles assassines.

Une deuxième représentation de ce facétieux spectacle a été donnée le 3 juillet en l’Abbaye Royale de Fontevraud. Reste à espérer qu’il trouve quelques nouveaux points de chute à la rentrée.

L’Opera Seria de Florian Leopold Gassmann, ensemble instrumental Europa Barocca, direction Raphaël Pichon, chanteurs du New European Opera animé par Jérémie Lesage, mise en scène Benoît Bénichou, décors et costumes Christine Nicod, chorégraphie Claudio Girard, lumières Marion Durand-Gendron.

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