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L’OPERA SERIA sur piste, BEATRICE ET BENEDICT sous tente

par Caroline Alexander

La Monnaie de Bruxelles fait du camping

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Les travaux de rénovation de la Monnaie de Bruxelles commencés au début de l’été 2015 devaient s’achever en mars 2016. Béatrice et Bénédict d’Hector Berlioz devait inaugurer les intérieurs et extérieurs rajeunis du bel édifice pur 19ème siècle. Retard des travaux, complications imprévues, l’inauguration attendue sera reportée à la saison prochaine. Mais la vie de la maison se poursuivra en créations continues.

Les six mois de nomadisme « hors les murs » durant lesquels la Monnaie promena ses productions opéra-ballets-concerts-récitals d’un lieu à l’autre de la capitale - Palais des Beaux- Arts (rebaptisé Bozar), Halles de Schaerbeek se sont achevés fin février sur la piste du Cirque Royal avec L’Opera Seria, fantaisie baroque d’un oublié du mode musical Florian Leopold Gassmann (1729-1774) que le chef René Jacobs avait à cœur de faire revivre. Faire rire en musique, se moquer des modes et de leurs représentants était dans l’air d’antan bien avant l’apparition des cabarets d’aujourd’hui. Gassmann – que son cadet Mozart admirait, affirme le programme – tourne en dérision les tics et prétentions de ses confrères compositeurs et de tous ceux qui les accompagnent dans la mise sur orbite d’un opéra – un "opera seria" selon le style de l’époque.


Parodie quand tu nous tiens ! Tout le monde y passe à la moulinette de l’humour qui fait grincer. Onranzebe est le titre (en clin d’oeil dont le sens nous échappe) d’une œuvre nouvelle qu’une équipe de théâtreux de la musique s’apprête à lancer. Sospiro (soupir), le compositeur se heurte à la vanité de Delirio (Délire) le librettiste tandis que Fallito (Faillite) le directeur s’arrache les cheveux et que les divas Ritornello (le ténor Ritournelle) et Stronatrilla (la soprano discordante) rivalisent de coquetteries chichiteuses.


Planté au milieu de l’orchestre, l’œil malin, les doigts agiles Jacobs suit tout ce petit monde absurde avec un plaisir visible, se tournant de face, de profil, de dos… Les gags se succèdent à petits pas puis peu à peu s’accélèrent sans toutefois réussir à peupler d’un bout à l’autre les quatre heures de la représentation. Jacobs a-t-il été trop zélé, trop fidèle , trop attentif au charme d’une musique jolie comme une broderie ? Le propre du ressort comique est le rythme, voire la vitesse. Il faut ici attendre le troisième acte pour qu’il se mette à courir entre les chanteurs bluffés (excellents d’ailleurs) les costumes chargés côtoyant les tailleurs pseudo Chanel des mamas aux barbiches de style Conchita Wurst.

La suite de la saison se fera plus sédentaire en s’abritant désormais sous tente dans l’un des hangars historiques de ce lieu singulier appelé Tour et Taxis du nom (ré-orthographié) des fondateurs de la poste belge. Une façade classée de briques dorées derrière laquelle se succède une suite d’entrepôts ayant servi de transit de marchandises diverses, et qui désormais sert de lieu de rencontres culturelles comme la très récente Foire du Livre.

Une tente pour refuge transitoire d’un palais en rénovation : la formule n’est pas nouvelle. Elle a été expérimentée à Venise pour la mise à neuf de la Fenice comme à Liège durant plusieurs saisons pour son Opéra Royal de Wallonie dont nous avons souvent rendu compte. Celle de la Monnaie sera différente, assure son directeur Peter de Caluwe , conçue sur mesures comme un habit de haute couture avec une capacité d’accueil de 1100 spectateurs. Elle s’appellera Palais de la Monnaie

La première de ce camping étoilé aura lieu le 24 mars prochain avec un Berlioz vif argent Béatrice et Benedict inspiré de Shakespeare (Much ado about nothing / Beaucoup de bruit pour rien). Richard Brunel en signera la mise en scène, l’orchestre symphonique de la Monnaie sera placé sous les directions de Jérémie Rohrer (en mars) puis de Samuel Jean (en avril).

Mithridate, Re di Ponto d’un Mozart âgé de 14 ans (dont on vient de voir une production au Théâtre des Champs Elysées – voir WT5019du 19 février) sera à l’affiche du mois de mai. Sa mise en scène sera confiée à des talents à découvrir (Jean-Philippe Clarac, Olivier Deloeuil), la direction d’orchestre à un maestro du genre, Christophe Rousset. Comme à Paris, Michael Spyres affrontera les vocalises pièges du rôle-titre.

Fin de saison enfin avec l’étrange Sweeney Todd de Stephen Sondheim (en remplacement de la création de Frankenstein de Mark Grey, reporté pour « causes techniques et budgétaires »), opéra noir ou opérette morbide, découvert il y a 4 ans au Châtelet de Paris (voir WT 2788 du 27 avril 2011).

La prochaine saison 2016-2017 sera annoncée le 10 mars prochain. Avec la date de la vraie réouverture des lieux ? A suivre donc.

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