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Critiques / Opéra & Classique

L’OPERA DE QUAT’SOUS DE Kurt Weill et Bertolt Brecht

par Caroline Alexander

Rien n’a changé ici-bas… ni les « songs » de Kurt Weill qui ont fait le tour du monde, ni la pensée de Brecht pour lequel l’homme reste un loup pour l’homme

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Ils viennent de la Comédie de Genève : une dizaine de musiciens, un chef d’orchestre, huit chanteurs- comédiens jouant une trentaine de personnages. Ils ont remis en selle le joyau de comédie sociale et politique que Kurt Weill composa sur des textes - engagés - de Bertolt Brecht. Ils en ont fait un spectacle pétulant, aux clowneries grinçantes, qui fait escale au Théâtre 71 de Malakoff, son coproducteur, avant de poursuivre sa tournée.

Die Dreigroschenoper, The Three Penny Opera, l’opéra de « trois sous » créé en 1928 annonçait en paroles et musiques visionnaires la crise financière qui allait secouer le monde. Onze ans plus tard, sa première traduction française lui octroyait un sous de plus pour en faire un Opéra de Quat’Sous et rehaussait le qualificatif de son héros Macheath – Mackie Messer-Mack the Knife – Mackie le couteau- du terme plus littéraire de « surineur ». Ce qui heureusement ne lui enlevait rien de ses mauvaises mœurs. Ni atténuait le mordant de sa satire politique. L’Opéra de Quat’Sous était dès l’origine et restera à jamais l’opéra de la marginalité, des exclus, de tous ceux qui subissent « l’exploitation de l’homme par l’homme ». Les songs de Weill qui ont fait le tour du monde et qui restent ancrés dans la mémoire dès la première audition, ont contribué à rendre universel leur message.

Joan Mompart, metteur en scène suisse fondateur de la compagnie Llum Teatre, propulse les quatre sous de l’opéra au sommet d’un échafaudage métallique actionné par une tournette. Elle tourne, tourne, tourne, entraînant à son sommet les musiciens – contrebasse, bandonéon, accordéon, saxo, trompettes, flûtes… - à l’exception du piano, qui égrène ses notes au rez-de-chaussée de l’édifice voyageur. Les clans y ont installé leurs foyers. Ceux de Peachum, roi des mendiants, régentant avec son épouse leur troupe de faux culs-de-jatte et faux aveugles. Ceux de Mackie , prince des voleurs, et ses braqueurs de toutes espèces. Entre les deux le lien inattendu de Polly, fille de Peachum devenue l’épouse, très amoureuse, de Mackie. Leurs préparatifs respectifs de mendicité et rapines autour du défilé célébrant le couronnement de la reine d’Angleterre vont s’en trouver singulièrement désorganisés…

Les idées de mise en scène se ramassent à la pelle. Avec des mots « Donnez et il vous sera donné… », « D’abord la bouffe puis la morale ». Et des lettres qui s’inscrivent sur les T-shirts que les interprètes recouvrent d’accessoires sans jamais les quitter. Côté musique, saxo, cuivres et percussions en fanfare alternent avec les soupirs des banjos sous l’énergique direction de Christophe Sturzenegger.

Les chansons occupent l’essentiel , le cœur de l’action. La fameuse complainte de Mackie prend son envol dès le début de l’engrenage par la voix presque tranchante de Jean-Philippe Meyer, qui se métamorphose aussitôt en chef de police corrompu jusqu’à la moelle. La gouaille pleine de vitalité de Charlotte Filou sied à merveille à Polly, la fille rebelle qui veut vivre sa vie – dans Barbara Song, dans son Chant d’adieu - . Thierry Romanens se donne les airs filous de Peachum en accord entendu, et sous-entendu, avec la très déterminée Brigitte Rosset en épouse, François Nadin fait le joli coq en Mackie souteneur et voleur qui pose la question essentielle : « qui est le plus coupable, le voleur qui braque une banque avec son pied de biche, où le fondateur de la banque qui escroque le monde ? ». Carine Barbey/Jenny la pute aux grands sentiments et son Chant de Salomon, Lucie Rausis/Lucy, Philippe Tlokinski, Frégoli des personnages secondaires, homme à tout être, à tout devenir et à tout faire, est souple comme une liane….
Avec leurs masques élastiques, leurs bouts de costumes, ils déploient tous une énergie féroce, leurs duos inondent la salle avant de grimper aux cintres…

Au final, non prévu par les auteurs, François Villon rejoint Bertolt Brecht, « Frères humains » enjambe la jungle des villes. Rien n’a changé sous notre ciel. Comme on fait son lit on se couche…. L’homme est bel et bien resté un loup pour l’homme.

L’Opéra de Quat’Sous, musique de Kurt Weill, texte de Bertolt Brecht, traduction de Jean-Claude Hémery, mise en scène Joan Mompart, scénographie Cristian Taraborrelli, direction musicale Christophe Sturzenegger. Avec Carine Barbey, Charlotte Filou, Brigitte Rosset, Jean-Philippe Meyer, François Nadin, Lucie Rausis, Thierry Romanens, Philippe Tlokinski et les musiciens Olivier Bernard, Denis Desbrières, Guillaume Dutrieux, Nicolas Fehrenbach, Pierrrick Hardy, Charles Kieny, Jean-Louis Pommier, Julien et Yves Rousseau, Pierre-François Roussillon.

Production de la Comédie de Genève, en co-production notamment avec Llum Teatre, Théâtre 71 de Malakoff, Les 2 Scènes de Besançon…

Malakoff – Théâtre 71, du 31 mars au 14 avril, les mercredi, jeudi, samedi à 19h30, les mardi et vendredi à 20h, les dimanche à 16h.

01 55 48 91 00 –

En tournée :
22-23 avril : Théâtre du Crochetan /Monthey (Suisee)
26-27 avril : Nuithonie-Equilibre/ Fribourg (Suisse)
2>4 mai : Les 2 scènes / Besançon
10 mai : Le Reflet/ Vevey (Suisse)
24 mai : Théâtre de Corbeil-Essonnes

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