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Critiques / Théâtre

L’Irrésistible Ascension de Monsieur Toudoux d’après Feydeau

par Gilles Costaz

Trois histoire en une

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Mais qui est donc M. Toudoux dont Dimitri Klockenbring entreprend de nous conter « l’irrésistible ascension » ? Ce n’est qu’un personnage de Feydeau parmi d’autres : le bourgeois de Léonie est en avance, celui que toutes les femmes de la maison traitent comme quantité négligeable tandis que son épouse se lamente sur son état douloureux de parturiente. En fait, le spectacle de Klockenbring additionne cette première pièce à deux autres pièces de l’auteur, On purge bébé et Mais n’te te promène pas toute nue, de façon à constituer, une fois les noms de personnages unifiés, une seule grande comédie : l’histoire d’un médiocre qui, petit à petit, accède aux plus hautes fonctions. Le voilà qui vend des vases de nuit à l’armée française (ou tente de les vendre, mais la porcelaine dite incassable est-elle vraiment indestructible ?) puis qui, profitant du charme d’un épouse sans grande pudeur, se trouve en mesure d’entrer au gouvernement…
Klockenbring connaît bien son Feydeau. Il n’a pas seulement cousu les trois courtes pièces. Il a pris des scènes et des répliques dans d’autres textes. Tout cela pourrait être discutable si le résultat n’était pas d’une grande habileté et si la mise en perspective politique n’était as convaincante. Or tout cela est au rendez-vous. Le spectacle est une bombe comique qui démarre peut-être un peu lourdement mais atteint vite sa vitesse de pointe, dans une sorte de compétition de la bêtise et de la médiocrité. Le décor se métamorphose selon les actes, avec beaucoup d’idées, comme celle de faire figurer La Liberté guidant le peuple de Delacroix dans le salon de Toudoux, ce roturier si peu idéaliste.
Nicolas Lumbreras campe un Toudoux frénétique, toujours drôle dans sa pathétique course pour exister dans sa famille et dans la société. Dans le rôle de Mme Toudoux, Emilie Cazenave n’hésite pas à faire poindre la méchanceté dans sa nervosité et son comportement de bourgeoise écervelée ; elle est très exacte. Juliette Poissonnier est une belle nature comique qui peut changer de sexe et d’âge à volonté ! Yvan Garouel joue avec précision, avec finesse, sans surcharge, la rigueur militaire adoucie par une politesse excessive à l ‘égard du monde civil. Bernadette Le Saché colore d’acidité, amplifie avec justesse le caractère désagréable mais savoureux de ses personnages. Romain Francisco passe habilement d’un rôle à l’autre. Alors qu’il s’agit d’un « bricolage » de Feydeau, le spectacle de Dimitri Klockenbring est bien plus vif et percutant que des Feydeau pas bricolés du tout que d’autres théâtres nous proposent sans sortir de leurs vieilles recettes.

L’Irrésistible Ascension de Monsieur Toudoux ! d’après Feydeau, adaptation et mise en scène de Dimitri Klockenbring, scénographie et costumes de Charles Chauvet, lumières de Xavier Lescat, chorégraphie de Sophie Mayer, avec Emilie Cazenave, Romain Francisco, Nicolas Lumbreras, Bernadette Le Saché, Yvan Garouel, Juliette Poissonnier.

Théâtre 13/Seine, tél. : 01 45 88 62 22, jusqu’au 12 juin. (Durée : 1 h 40).

Photo Théâtre de l’homme.

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