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L’Ircam : 40 ans et un 6e ManiFeste

par Christian Wasselin

Du 1er juin au 1er juillet a lieu la sixième édition du festival Manifeste de l’Ircam sur le thème de la synesthésie.

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IL Y A QUARANTE ANS, à l’instigation de Pierre Boulez, naissait l’Ircam, Institut de coordination acoustique/musique. Il suffit de lire les biographies des compositeurs qui sont aujourd’hui invités des festivals les plus en vue (de Présences à Musica) pour se rendre compte que le « cursus de l’Ircam » est devenu une étape presque obligée si l’on tient à se présenter comme un créateur sérieux, qu’on vienne de France, d’Argentine ou d’Italie.

« Nous sommes nés de la rencontre de deux volontés : celle d’un politique, Georges Pompidou, et d’un artiste, Pierre Boulez », raconte Frank Madlener, directeur de l’institution. Deux personnalités qui ont œuvré à l’installation de l’Ircam non loin du centre Pompidou (sous une fontaine) en un temps (1977) où la notion de progrès allait de soi. Pompidou croyait à l’avenir industriel de la France et prétendait qu’il fallait adapter la ville à l’automobile. Il eut l’intuition de faire revenir Boulez, alors installé en Allemagne, et de lui offrir les moyens de son ambition : car Boulez croyait à l’alliance de la musique et de la technologie. Intuition dont le président mort prématurément (en 1974) ne connut pas la concrétisation.

Voir et entendre

L’Ircam pourrait apparaître comme une cave secrète ou un repère de chercheurs fous s’il ne s’était pas ouvert à d’autres horizons (il a invité des sonaux – pluriel de sonal, mot français synonyme de jingle –, il a donné corps à la voix de Farinelli pour les besoins d’un film, etc.) et s’il n’organisait pas un festival qui lui sert de vitrine et permet de faire vivre la création au grand air. Ce festival s’appelle ManiFeste et propose cette année sa sixième édition. Thème choisi : la synesthésie, « ou plus exactement le regard musicien qui, de Scriabine jusqu’aux jeunes compositeurs d’aujourd’hui, est mobilisé par l’expérience visuelle », explique Frank Madlener, qui parle d’un « pas de deux » entre écoute et vision, et rappelle comment Schoenberg et Kandinsky, Feldman et Rothko, Klee et Boulez, Cage et Fluxus, forment « autant de constellations historiques à double foyer ».

Le temps de l’atelier serait-il revenu ? À moins qu’il s’agisse d’une nouvelle version du grand thème de l’art total : « Aujourd’hui, l’invention artistique envisage peut-être la fin de la signature unique, sans s’y résoudre pour autant, poussée en cela par des dispositifs techniques et esthétiques partagés. Chaya Czernowin aux prises avec l’opéra et le Hörspiel, Alberto Posadas scrutant la vocalité et la peinture, les metteurs en scène Wim Vandekeybus et Ingrid von Wantoch Rekowski face au corps musicien ou dansant, Jérôme Combier et Pierre Nouvel écoutant et filmant le lieu déserté de Campo santo, ou encore ces deux allégories, Sound & Vision, conviées par Ictus pour sa nuit Liquid Room : chacune de ces scènes agence les fragments déplacés d’une totalité espérée. »

Mais aussi une académie

Festival pluridisciplinaire, ManiFeste se déploie dans différents lieux (l’Ircam et le Centre Pompidou, le Centquatre dans le XIXe arrondissement de Paris, la Maison de la radio, le Collège de France, la Maison de la danse à Pantin…), propose des concerts mais aussi des performances de toutes formes et tous styles, et s’étoffe d’une académie, qui se tiendra du 19 juin au 1er juillet et qui accueille et forme chaque année 120 jeunes compositeurs et interprètes, actifs et auditeurs, venus du monde entier. Les compositeurs Chaya Czernowin, Toshio Hosokawa, Alberto Posadas, le Quatuor Diotima, les solistes de l’Ensemble intercontemporain et l’Orchestre philharmonique de Radio France joueront chacun leur partie (cours et conférences, ateliers, masterclasses…), sachant que les jeunes artistes participant à l’académie bénéficient, outre du talent de ceux qu’on a cités, d’un outil technologique de pointe et de la renommée mondiale de l’Ircam.

Ajoutons enfin que se tient actuellement, au musée d’Art moderne du Centre Pompidou, une exposition sur les rapports entre musique et arts plastiques.

Illustration : quelque part dans le sous-sol, l’Ircam/dr

ManiFeste, du 1er juin au 1er juillet (https://manifeste.ircam.fr)

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