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Critiques / Théâtre

L’Influence de l’odeur des croissants chauds d’après Ruwen Ogien

par Gilles Costaz

La pensée comme un boomerang

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Peut-on faire d’un livre de philosophie joyeux un spectacle joyeux ? C’est qu’ont tenté et ce que réussissent Hervé Dubourjal, Eric Bu et Jean-Louis Cassarino. Heureusement pour eux et pour nous, Ruwen Ogien, dont ils ont transposé le livre L’Influence de l’odeur des croissants chands sur la bonté humaine, ne pose pas les problèmes comme à la Sorbonne. L’auteur, aujourd’hui malheureusement disparu, fait réfléchir sur les grandes notions de morale et de vie collective en prenant comme cas de figure des canots de sauvetage trop pleins, des tramways dont les freins ont lâché ou des croissants dont l’odeur embaume en sortant du four. Mais ce n’est pas de la blague de comptoir, c’est la vraie philo où vous risquez de vous emmêler les pinceaux si si vous ne voyez pas les pièges, les contradictions et la portée immédiate de ce qui est mis sur la table..
En costard noir lamé (des gravures de mode), deux philosophes se jettent dans une série de débats et contredisent allègrement les arguments qui surgissent. Ils ont derrière eux de grandes feuilles de papier et vont y inscrire les notions et les dessins qui leur passent par la tête. Le public a sans doute le droit de ne pas intervenir mais il se prend au jeu, entre dans la danse. Rarement, dans un tourbillon théâtral d’idées, la pensée aura circulé aussi vite entre des acteurs et des spectateurs. Une effervescence peu banale se crée entre la scène et la salle. Ça galope, les réponses fusent telles des boomerangs. Hervé Dubourjal se donne joliment l’air d’un penseur un peu fou, vivant dans un monde d’idées et prêt à tout pour sortir vainqueur de chaque confrontation. Jean-Louis Cassarino lui oppose plus de placidité et mène sur un ton tranquille (mais inflexible) une implacable bataille de concepts. Dans cette invtation à penser vite tout le monde a du talent : l’auteur, les acteurs et les spectateurs.

L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine d’après Ruwen Ogien, adaptation d’Hervé Dubourjal, mise en scène d’Eric Bu et Hervé Duboujal, scénographie de Jean-Marc Toussaint, avec Jean-Louis Cassarino et Hervé Dubourjal. Texte aux éditions Grasset.

Théâtre de la Reine blanche, tél. : 01 40 05 06 96, jusqu’au 22 avril. (Durée : 1 h 20). Reprise en juillet dans le off d’Avignon.

Photo Franck Harscouët.

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