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Critiques / Théâtre

L’Hôtel du Libre-Echange de Georges Feydeau

par Caroline Alexander

Cocufiages en délires chez les petits bourgeois

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On s’esclaffe, on s’amuse au Théâtre de la Colline, ce n’est pas souvent que cela arrive, alors surtout ne boudons pas notre plaisir. Il est vrai que l’auteur des réjouissances manie comme pas deux l’art du comique au vitriol. Les regards que Georges Feydeau porte sur les contemporains de sa classe de bourgeois est sans pitié, et comme il les embarque à la vitesse d’un TGV en folie dans un dédale de situations abracadabrantesques, l’absurde jaillit comme un geyser et met le feu aux rires.

Pour que toute la drôlerie pétarade en feu d’artifice, encore faut-il prendre le train en marche et en suivre le rythme tambour battant.
C’est ce que Alain Françon vient de réussir brillamment dans ce théâtre dont il est le patron et qu’il dédie plus souvent aux chants de désespérance d’Edward Bond. Il vrai qu’il nous avait déjà régalé d’un autre Feydeau il y a presque vingt ans, une Dame de chez Maxim entrée dans les annales des références qui révélait l’irrésistible talent de pitre de Dominique Valadié. C’est décidément un registre qui lui va.

Lieu de rendez-vous de gens mariés, mais jamais ensemble

Voici donc L’Hôtel du libre-échange rédigé dans la foulée du Fil à la patte, un triomphe qui faisait déjà plier en deux les spectateurs du Théâtre du Palais Royal. Soit un cocktail détonnant composé et deux couples, d’une soubrette aguichante et de quelques intrus. La première paire, celle des Pinglet, est mariée depuis vingt ans, un bail qui refroidit les sentiments. Madame est devenue mégère, monsieur se laisse faire et se réfugie dans ses affaires. La deuxième, celle des Paillardin a fini de roucouler au bout de cinq années. Elle est en manque, lui s’en contente. Et voilà que le premier, Pinglet, grand cœur, s’offre comme amant à la seconde, épouse Paillardin, qui accepte en minaudant, histoire de faire la leçon à son mari défaillant. Encore faut-il trouver le lieu ad hoc pour abriter ces amourettes de choc. Ce sera, à la suite de quiproquos en cascades l’hôtel si bien nommé du « libre-échange », lieu de rendez-vous de « tas de gens mariés, mais jamais ensemble »…

Un irrépressible mécanisme de faux pas et faux semblants

Entre temps un vieil ami de la famille a débarqué avec ses filles et tout ce joli monde se retrouve dans les couloirs borgnes et les chambres douteuses de l’auberge, sous les yeux désabusés d’un maître d’hôtel blasé et ceux, ahuris, d’un garçon d’étage benêt. Dès lors tout s’embrouille et s’enroule, à l’endroit, à l’envers, tout se passe à revers dans un irrépressible mécanisme de faux pas et de faux semblant. On est en plein délire. Feydeau agite avant la lettre le surréalisme dans les mœurs.

Clovis Cornillac délicieusement naïf et fleur bleue

Ponctuée par une excellente et drolatique musique jazzy spécialement composée par Glenn Ferris, la mise en scène de Françon épouse le crescendo des folles chevauchées du vaudeville. Minimalistes, les décors de Jacques Gabel servent les situations sans les encombrer, au deuxième acte, les lumières de Joël Hourbeigt agitent à la bougie des fantômes hallucinés, les comédiens virevoltent, toujours a propos, rapides et justes. Distribution impeccable avec en tête un Clovis Cornillac, loin des durs à cuire du cinéma et de la télé, qui se révèle délicieusement naïf et fleur bleue, Anne Benoît parfaite en mégère non apprivoisée, Jean-Yves Chatelais imbattable en maître d’hôtel échappé d’une gravure de Daumier, Gilles Privat en bègue tombé de la lune, Irina Dalle en chochotte caquetante…

Bref, un spectacle à ne pas rater pour bien commencer l’année…

L’HÔTEL DU LIBRE-ÉCHANGE de Georges Feydeau, mise en scène Alain Françon, dramaturgie Michel Vittoz, scénographie Jacques Gabel, lumières Joël Hourbeigt, costumes Patrice Cauchetier, musique Glenn Ferris. Avec Anne Benoît, Eric Berger, Pierre Berrieu, Jean-Yves Chatelais, Clovis Cornillac, Irina Dalle, Philippe Duquesne, Gilles Privat, Guillaume Lévêque, Maud Le Grévellec, Alexandra Flandrin, Pierre-Félix Gravière, Agathe L’Huillier, Pearl Manifold, Julie Timmerman, Lionel Tua.
Théâtre National de la Colline, du mercredi au dimanche à 20h30, les mardis à 19h30 – jusqu’au 24 février. – 01 44 62 52 52 – www.colline.fr

Crédit photo : Pascal Victor

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