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Critiques / Théâtre

L’Homme Atlantique de Marguerite Duras

par Caroline Alexander

Quand Viviane illumine Marguerite

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Un vieux fauteuil de cuir mat, un foulard de soie, un projecteur : seuls ces trois accessoires d’apparence anodine meublent l’espace dans lequel Viviane Théophilidès illumine durant cinquante minutes le verbe de Marguerite Duras, son écriture en fuite comme ses amours, comme sa vie ballotée de lointains continents à une France en tourmentes.

Née en avril en 1914, Marguerite Duras aurait aujourd’hui tout juste cent ans. Les commémorations ne manqueront pas pour saluer la mémoire de la résistante, de la romancière, de la cinéaste qui sema le chemin de sa carrière multiforme de cailloux qui ont fait trébucher les habitudes.

Dans la petite salle du Théâtre Artistic Athévains, à deux pas de la place Voltaire-Léon Blum, ces cinquante minutes suffisent pour que s’esquisse le profil singulier de cette femme qui avait confié son destin aux mots et aux images. Viviane Théophilidès a choisi un texte court – 32 pages – paru en 1982 aux Editions de Minuit qui met en phrases écrites la bande-son et les instants de L’Homme Atlantique, moyen métrage tourné avec et pour Yann Andrea, l’amant qui allait la quitter. « Je me suis dit avoir aimé », conclura—t-elle.

Monologues déstructurés, bouts de phrases expédiés comme des confidences dans l’espace, actions immobiles, attente. L’univers de Duras trouve une sorte de refuge dans la reconstitution des indications, des ordres, des conseils que la cinéaste envoie à son interprète. Dans ce paysage normand où elle se sentait en harmonie avec elle-même, Trouville, la mer en fuites et en perpétuels retours, la plage de sable fin que soulève un vent tournant sur lui-même, les mouettes planant fugitives comme des pensées ou des désirs, un chien, les baies vitrées s’ouvrant sur l’absence…

Le projecteur joue le rôle de la caméra, le fauteuil délimite les géographies, le foulard enveloppe les solitudes. Subtile comédienne, Viviane Théophilidès qui enseigna longtemps l’art de jouer aux élèves du Conservatoire d’Art Dramatique de Paris, sait ce que veut dire mettre en scène, prodiguer à l’acteur les clés d’une interprétation. Elle le fait avec les mots de Duras, les silences de Duras, sa sécheresse parfois, sans jamais chercher à l’imiter. Elle est son double positif comme sur une pellicule, l’une blanche, l’autre noire, à l’opposé de son modèle, auteur du texte et de l’histoire qu’elle nous raconte. Généreuse, solaire, épanouie, le regard transparent en eau claire sous une toison de boucles pâles. Avec elle, l’esprit de Duras devient chair. La Maladie de la Mort rayonne Moderato Cantabile et sème l’infini des départs, des absences que rien ne viendra plus combler. Viviane et Marguerite se tendent main et nous emmènent au-delà.

L’Homme Atlantique de Marguerite Duras, réalisation et interprétation Viviane Théophilidès, lumières Philippe Catalano

Théâtre Artistic Athévains, les mardis et vendredis à 19h, mercredis et jeudis à 21h, samedis à 18h, dimanches à 17h. Jusqu’au 11 mai 2014.

01 43 56 38 32 – www.artistic-athévains.com

Photo Philippe Catalano

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